Le Handpoke, retour à des techniques de tatouages vintage. Quand l’artisanat traditionnel s’ancre sur notre corps

Par Mona Le Maître

Originaire d’Aix en Provence, je suis actuellement en échange à l’UQAM dans le cadre de mon master 1 de communication spécialité « communication des organisationS et développement durable ». Curieuse par nature et passionnée de voyage et de nouvelles expériences, le séminaire proposé par Katharina Niemeyer m’a permis de découvrir la place de la notion de vintage, rétro et nostalgie dans nos pratiques et consommations culturelles. En analysant les contenus médiatiques sous un nouvel angle, j’ai pu ainsi prendre conscience des diverses dimensions rattachées au passé véhiculés par les médias et les objets culturels.

C’est incroyable de se dire que ça a toujours existé et que je suis 
encore capable de reproduire cette tradition. Ce qui est important 
c’est de ne pas se laisser emporter par les technologies qui vont 
super vite et de pas se retourner et de voir qu’avant ils faisaient 
ça comme ça. C’est vraiment une expérience enrichissante. On devrait 
prendre plus le temps de tatouer à la main, c’est calmant ! 
(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal)
Interviewée par Mona Le Maître

Résumé 

À travers ma recherche sur le Handpoke, je me suis interrogée sur la place du tatouage manuel dans nos sociétés contemporaines occidentales où le tatouage s’est démocratisé. L’aiguille non mécanisée, étant l’origine des premiers tatouages (la machine à tatouer électrique arrivant dans les années 1891), il est  intéressant de constater que, encore à l’heure actuelle, certains tatoueurs sont spécialisés dans cette technique. J’ai voulu comprendre pourquoi, à l’ère du numérique, tatouait-on encore de cette manière « artisanale » n’utilisant aucune interface technologique récente . Ainsi,  mon article Le Handpoke, retour à des techniques de tatouages vintage. Quand l’artisanat traditionnel s’ancre sur notre corps, tente – en s’appuyant sur l’interview réalisée de ma part avec Camille Francoeur, tatoueuse Handpoke –  de voir si dans la sphère du tatouage, l’utilisation  d’une technique vintage sous-tend une nostalgie, le regret d’une époque spécifique où le tatouage avait un autre pouvoir symbolique et identitaire, et, qui au fil du temps a été redéfini. Un regard croisé entre l’interview et des lectures d’auteurs ayant théorisé la nostalgie (Grainge, 2000, Knowles, 2015, Niemeyer, 2014-2015) permettra de fournir une analyse critique du rapport et des liens entre le tatouage manuel et un éventuel phénomène nostalgique.


Le tatouage, histoire d’un langage ancien

Tatau, mot Polynésien, signifie « dessin inscrit dans la peau ». Il apparaît pour la première fois sous la forme anglaise tattoo dans le récit du voyage autour de la terre du capitaine Cook.

Le tatouage existe depuis des milliers d’années. Nous pouvons dater les premiers tatouages  du temps de la protohistoire, il y a plus de 4500 ans, grâce au corps tatoué d’Ötzi, retrouvé conservé dans le glacier du Hauslabjoch, entre l’Italie et l’Autriche (Robert, 2016). Le tatouage, dans les sociétés primitives  avait principalement des fonctions éthiques, sociales, symboliques  ou encore protectrices.   Rite religieux, rite de passage, distinction hiérarchique, le tatouage est extrêmement symbolique et  les marques corporelles sont des signes de communication. Il permettait de rassembler les collectivités en gravant sur la peau des signes religieux, par exemple. Ainsi, dans la Rome chrétienne, la tradition chez les nouveaux convertis au christianisme consistait à se faire tatouer. Ce  rituel  faisait écho aux martyrs, qui, gravaient sur leurs corps des symboles religieux synonymes d’union et de reconnaissance (Müller 2012, p.22). Le tatouage est  un signe d’appartenance à un groupe tout en étant un signe distinctif.  Il peut être un signe de stigmatisation qui permet de dévoiler aux yeux de la société les groupes sociaux jugés infréquentables. Comme le rappel David le Breton dans l’émission Tatouage : la mémoire dans la peau,  il est la trace de l’esclavage dans la Rome antique, celle imposée aux esclaves fugitifs et aux prostituées par le Code noir de Colbert et, plus récemment, celle des Juifs exterminés dans les camps de concentration (Delorme, 2014). Il pointe l’individu jugé inacceptable. Tel un signe remémoratif et identitaire,  il faut que l’individu porte à vie la trace  de sa mauvaise conduite ou de son statut social méprisé. Au 4ème siècle, en Europe, la coutume du tatouage devient mal perçue et s’estompe progressivement. L’église voit dans la pratique du tatouage un acte profane, une provocation envers Dieu en dégradant le corps qu’il nous a modelé. Considéré comme une pratique blasphématoire et sauvage, le tatouage devient une pratique dégradante.

« Vous ne ferez point d’incisions dans votre chair pour un mort, et vous n’imprimerez point de figures sur vous. Je suis l’Éternel. » (Lévitique 19:28 issus de  Ropert, P. (2016)

Face à ce mépris, le tatouage a longtemps été considéré comme un refus d’intégration à la société.   « on accepte ses lois, mais on ne fait pas corps avec le groupe social. Le tatoué affiche une attitude marginale par son tatouage » (Caruchet, 1995, p.14). Il faut attendre la période des grandes explorations pour que la pratique du tatouage sorte de son isolement.

Quand le tatouage renaît de ses cendres

Longtemps considéré comme un art en marge et provoquant, le statut du tatouage se redéfinit à partir des années 1980. Artistes, designers, diplômés d’écoles d’art voient en cette pratique un phénomène à investir et explorer. Nous assistons à un processus de redéfinition du tatouage, à une transformation des représentations qui circulent autour de cette pratique. (Delorme F, 2014). Le  tatouage  se fonde à de diverses pratiques artistiques et devient progressivement  un véritable phénomène de société.  Aujourd’hui banalisé, le tatouage, qui existe depuis des milliers d’années avec des codes, des utilisations spécifiques dispose maintenant  d’un tout autre statut, redéfini et re modelé par les évolutions historiques, morales, technologiques et sociétales. Les conventions de tatouages à travers le monde se multiplient, les tatoueurs sont de plus en plus nombreux, les tatoués de plus en plus hétérogènes. Les médias  se sont également emparés de ce phénomène, multipliant les télés réalités  (Bad Ink, Just Tattoo of Us, Bondi Ink Tattoo, Epic Ink…), les magazines (Tattoo Energy, Rise Tatoo Magazine, Tattoo Life…), les expositions (tatoueurs, tatoués au musée du Quai Branly de mai 2014 à octobre 2015)  mettant en avant cette pratique qui fut un temps réservé à des classes sociales marginales et au  milieu underground. Les médias participent également au processus de redéfinition du tatouage. Face à ces mutations, les valeurs et significations  premières du tatouage sont remises en cause. Nous sommes confrontés à   une hétérogénéité dans la symbolique du tatouage ainsi que des motifs, des styles en tous genres, bien éloignée des revendications originelles. Face à ce phénomène, nous pouvons constater que le retour  de tatouages vintage  est affirmé par certains tatoueurs et tatoués. De nombreux groupes notamment  sur les réseaux sociaux tels que  instagram, facebook, affichent une forte nostalgie, peut-être trop régressive,  face à une époque révolue. Il est notable que des tatoueurs, des tatoués  cherchent à faire perdurer, faire revivre une époque passée du tatouage. De plus en plus de tatoueurs s’affirment comme old school.  Les tatouages marins, les pin up  reviennent en force… L’utilisation de la machine manuelle témoigne également à un retour à des pratiques ancestrales. Face à des machines de plus en plus précises, innovatrices, le tatouage manuel fait son grand retour. Le Handpoke, également appelé stick and poke, permet de tatouer de manière « traditionnelle » par le biais d’une aiguille non mécanisée et devient une pratique remise au goût du jour.

Le Handpoke, retour à des pratiques vintage

Chaque peuple disposait de ses propres techniques pour tatouer. Cependant, avant l’arrivée de la machine à tatouer électrique en 1891 que l’on doit à l’anglais Samuel O’Reilly, les méthodes de tatouages se faisaient manuellement. Ainsi, dans le Pacifique, les marques corporelles s’opéraient par le biais d’un batônet constitué d’aiguille ou de pointe d’os que l’on frappait sur la peau à l’aide d’un maillet. Pour réaliser leurs tatouages, les inuits utilisaient une aiguille trempée dans du khôl, du safran, de l’indigo ou encore du charbon de bois… Aujourd’hui, les machines électriques permettent de programmer la profondeur du tatouage, les colorants artificiels ont remplacés les pigments naturels et la production d’un tatouage est beaucoup plus rapide (Salmandjee 2003, p.15). Dans l’ère du tatouage moderne nous constatons cependant un retour à des techniques de production vintage. Quelques soit l’ère ou nous nous trouvons dans l’histoire, nous avons toujours assisté à un besoin de retour vers le passé. Face à l’accélération de la technologie, il y a des formes de résistance qui se mettent en place. De nos jours, nous sommes de plus en plus à la recherche d’objets, de pratiques d’antan, traduisant une quête d’authenticité, la recherche de  produits de qualités, capables de perdurer dans le temps.  Vintage et nostalgie sont des termes souvent confondus et sont sources d’amalgames. La nostalgie est un sentiment universel, qui sous entend une dimension d’affect, de sentiment. La nostalgie suppose un retour vers le passé, la mise en avant de certains souvenirs, telle une sauvegarde de l’identité. Combinant une dimension d’espace et de temps, la nostalgie peut être invoquée par le vintage bien n’en soit pas nécessairement l’origine ou la conséquence. Par exemple, l’écoute d’un vieux vinyle de notre enfance, peut nous transposer dans un espace-temps passé, que nous ne pouvons évidement pas  revivre à l’identique, mais que nous pouvons retrouver par le biais de notre mémoire et de nos souvenirs. « Vintage is thus something that remains the same by becoming something else depending on each historical context in which it appears. » (Niemeyer, 2015) Les produits vintage sont comme mystifiés, associés à une qualité technique, un succès économique, une production spécifique. Le Handpoke participe-t-il donc  à ce phénomène ?  Face à une démocratisation du tatouage, le tatouage manuel sonne comme un retour aux sources, une quête d’authenticité, une production artisanale qui apparaît comme gage de qualité en réponse à des pratiques de tatouage et un esthétisme nettement éloigné des motivations premières des premiers tatoués et tatoueurs. Le Handpoke, comme objet vintage participe-t-il à un phénomène nostalgique ?

Le Handpoke à Montréal

camille

(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal)

Face au constat de la redéfinition des pratiques du tatouage dans nos sociétés, je m’interroge sur les raisons qui poussent les individus, aussi bien tatoueurs que tatoués,  à se tourner vers des techniques ainsi qu’un graphisme relevant d’époques révolues. Face à impératif de  temps, cet article se focalisera sur les techniques de tatouages vintage et plus particulièrement la méthode du Handpoke, mettant de coté l’analyse de la pérennité d’un graphisme old school dans le tatouage (pin up, tatouage marin…) . L’objet vintage à travers un processus de fabrication spécifique ainsi que l’esthétique qui en découle serra de ce fait mis en avant dans mon analyse, qui, essayera de comprendre pourquoi y-a-t-il un retour du tatouage manuel, méthode ancestrale, dans une époque ou le tatouage fait face à des multitudes d’innovations et de mutations  remarquables. Je vais chercher à comprendre si il s’agit d’une quête d’authenticité, la nostalgie d’une méthode artisanale traditionnelle perdue, la recherche des propriétés propres à l’outil ou bien tout autre chose. A travers l’analyse de l’interview(insérer le pdf en onglet) mené auprès de Camille Francoeur, tatoueuse Handpoke Montréalaise, croisé avec les théories de quelques auteurs ayant traité la question de la nostalgie (Grainge 2000; Knowles, 2016 et Niemeyer, 2015) je vais tenter de déterminer la place d’un éventuel phénomène nostalgique dans le tatouage manuel. Les travaux de Grainge sur la nostalgie (Grainge, 2000) permettront également de déterminer si le tatouage Handpoke est lié à une nostalgie esthétique et/ou sentimentale ou si il n’y a aucun rapport. Mon article se construit en plusieurs parties, mettant en avant les caractéristiques propres à l’outil vintage qui sont ressortis lors de l’analyse critique de l’interview afin d’analyser la place du tatouage manuel dans notre société contemporaine.

Il est notable que le Monde contemporain témoigne de mutations multiples et importantes au niveau politique, culturel, social, technologique… Les individus se retrouvent submergés par des multitudes d’informations quotidiennes entretenues et exploitées par les médias qui introduisent un tout autre rapport au temps. Tout va vite, tout semble éphémère, rien ne semble perdurer, les flux d’informations journalières sont encodés furtivement pour tomber dans l’oubli face aux  nouvelles informations que les  médias diffuseront le lendemain. Face à des pratiques sans cesse en mouvances, une dislocation des normes, valeurs, pratiques de la vie quotidienne, les individus se trouvent parfois perdus, désorientés, à la recherche de repères stables et d’encrages identitaires ayant pour fonction de rassurer face à ces mutations rapides (Rosa, 2005). Dans un contexte perçu comme tangible, certains individus vont chercher un retour vers le passé, où les dimensions le temps et l’espace peuvent être remémorées et apporter du réconfort face à un futur incertain. Par un retour dans le passé, l’évocation de souvenirs, l’individu peut se remémorer sa construction identitaire. Ainsi, Kim Knowles dans Locating vintage cite la critique du phénomène rétro contemporain de Jean Baudrillard qui lui explique  notre fascination pour le passé comme un symptôme de vacuité postmoderne ou de perte de l’histoire, où les actes de mémoire permettent d’échapper au vide de sens dans lequel nous sommes pris (Knowles, 2015). Le tatouage peut résulter d’un événement personnel fort, d’un moment important au cours de notre vie dont nous voulons garder la trace d’une manière symbolique et identitaire. Il n’est pas rare par exemple de voir des individus se faire tatouer à la suite de leur majorité, de la perte d’un être cher… Dans nos sociétés en perpétuel mouvement, l’acte du tatouage  permet « d’arrêter la mémoire sur son propre corps pour ne rien oublier. Le signe cutané est désormais une manière d’écrire dans la chair des moments clés de l’existence (…)  » (Le Breton, 2006). L’individu tente de s’approprier son corps, de prendre conscience que ce dernier lui appartient et qu’il peut se l’accommoder et l’ancrer, en y disposant des marques indélébiles, dans un Monde ou tout semble éphémère. Si le tatouage est considéré comme un acte de mémoire, le tatouage manuel permettrait d’aller à une quête d’authenticité, à un retour à des techniques traditionnelles ayant traversé les âges et étant gage d’une qualité et d’une fiabilité. Les techniques de tatouage vintage font  écho à une période de l’histoire ancestrale, ou le tatouage avait une place particulière et symbolique. Selon la définition donnée par Katharina Niemeyer, en vue de son mode de production, nous pouvons décréter que le tatouage manuel est effectué au travers une technique de production vintage. «Vintage emerges when a particular manufacturing process (be it in an artisan’s workshop or on a more industrial scale) produces or creates an item of lasting quality that is based mostly on high-grade production methods and techniques.». L’auteure explique également que le vintage peut facilement déclencher des émotions sentimentales ou nostalgiques à propos de lieux et de temps passés bien que les dimensions nostalgiques doivent être justifiées par une exploration approfondie (Niemeyer, 2015). Nous pouvons constater qu’il existe encore aujourd’hui  des adeptes du tatouage traditionnel au bambou. Cette technique  traditionnelle est  plus douloureuse, plus lente et moins précise, mais est jugée comme plus authentique car elle n’utilise pas de machines.  D’après Kim Knowles le vintage est  associé au consommateur connaissant et éthique qui va chercher une manière de se différencier  à travers des artefacts qui ont une valeur et une signification plus profondes que leurs dérivés contemporains. Le vintage fonctionne  comme un moyen de se dissocier de la masse des consommateurs (Knowles, 2015). L’aiguille manuelle participant à la production vintage serait une manière de voyage dans le temps, d’invoquer une manière de faire artisanale, disposant d’une histoire, de codes sociaux culturels importants. Une dimension sentimentale se trouve présente au travers du tatouage Handpoke, mais qui s’est vue remodelée par l’évolution des techniques de tatouage, et la redéfinition de sa position et de ses significations dans nos sociétés. Mais l’outil permettant de tatouer impose également un mode par sa technique qui entraîne une production propre à ce dernier.  Ce constat se rapproche des travaux de Grainge sur la nostalgie qui cite dans son article l’auteur Fredric Jameson  qui   pose le concept de la nostalgie en tant que sentiment associée à la dimension  de perte, d’absence et de passé idéalisé opposé à une mode nostalgique et sa place esthétique dans la vie culturelle. «Jameson disconnects the stylized nostalgia of any concept of memory. » (Grainge, 2000). L’analyse de l’entretien avec Camille  permettra de ce fait de déterminer si  la pratique du tatouage Handpoke s’inscrit dans un « mood » nostalgique. Il sera intéressant d’analyser si l’utilisation de l’objet manuel dans la pratique du tatouage cherche à pallier un sentiment de perte et une émotion de regret en cherchant à consommer le passé sous une nouvelle forme à travers une technique de production ancestrale.

Le Handpoke, combler un sentiment de perte ?

Les tatoueurs Handpoke sont particulièrement attentifs aux origines de leurs arts. Les premières manières de tatouer sont une forte source d’inspiration pour leurs travaux. Ainsi, la tatoueuse Grace Neutral  très connue dans le milieu du tatouage manuel propose sur  Viceland, la chaîne télévision de vice, une émission intitulée Needles & Pins où elle part à la découverte des techniques de tatouages traditionnelles à travers le Monde.

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Les recherches personnelles de Camille  sur les tatouages traditionnels sont une des raisons qui l’ont poussée à pratiquer le Handpoke. Elle définit d’ailleurs son travail comme une adaptation contemporaine de ce qui l’a attiré dans les techniques vraiment premières, anciennes. Le Handpoke rend saillant le fait que tout un art et un artisanat se dissimule derrière le tatouage.

« J’ai réalisé que partout dans le monde il y’avait des traditions, 
des symboles associés au tatoo, c’était culturel, admettons quand 
tu penses au Tebori  en Asie tu sais qui se faisait tatouer au 
bambou, en Thaïlande, quoi que ce soit, à la base c’est vraiment 
des moines qui vont tatouer des prières. C’est vraiment une 
protection. Et le tatouage japonais aussi. [...]Je sais pas si 
tu as déjà vu les longues tiges… comme vraiment des longues tiges 
et puis ils vont vraiment cogner l’aiguille. Ça aussi ça a été 
une grosse inspiration parce que je dirais que j’ai comme pris que 
ce que j’avais vu de ça là. Puis je me suis dit j’aimerais ça là moi 
aussi ! Du coup j’ai pris mon matériel de machine pour faire des 
tatouages manuels »
(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal) 
Interviewée par Mona Le Maître

Ainsi, l’aspect ancestral du tatouage manuel est une dimension forte dans le travail de Camille. Bien que son travail soit ancré dans notre société contemporaine, la tatoueuse a connaissance des origines de son art qui ont été l’une des raisons qui l’ont poussé à pratiquer cette technique. « c’est comme une réponse à l’attrait par rapport aux techniques que je venais de découvrir pour les méthodes de tatouages traditionnelles. » Le tatouage manuel dispose lui même de sa propre histoire, de ses propres caractéristiques et propriétés en fonction des ethnies et du pays dans lequel nous nous trouvons. Dans chaque division traditionnelle, le Handpoke va avoir une appellation spécifique, des façons de tatouer différentes, des outils faits de différents matériaux… Camille explique ainsi que certaines tribus vont utiliser des petits bouts de bois permettant d’insérer du charbon dans la peau, les peuples autochtones quant à eux vont insérer le fil d’une aiguille dans la peau afin de tatouer… Ces techniques de tatouages que nous pouvons qualifier d’artisanales avaient des significations importantes et spécifiques en fonction d’une ethnie à une autre. Bien qu’aujourd’hui la symbolique et la tradition derrière le tatouage ait évolué, l’exemple de Grace Neutral et Camille démontre d’une prise de conscience et d’un attrait pour l’origine  de leur art ainsi que l’importance des dimensions sociales, culturelles, historiques qui en découlent. Les origines et les fonctionnalités du tatouage manuel ne sont pas déclencheur d’un sentiment nostalgique, mais plutôt d’une admiration face à ces techniques qui sont encore perpétuées de nos jours par certaines personnes. Ainsi, face à une technique  restée inchangée depuis des milliers d’années, la curiosité va être étayée par à une manière de tatouer sortant de l’ordinaire des machines électriques. Le Handpoke  va être perçu comme une expérience originale permettant de se démarquer. Le tatouage Handpoke serait une manière, à travers l’outil, de sortir du lot et de se distinguer  à travers une expérience de tatouage atypique.

Le Handpoke,  une expérience à part.   

Forme d’expression individuelle de soi, forme d’expression collective, le tatouage entretient avec le corps un rapport privilégié. En disposant des symboles identitaires définitifs, nous usons d’un moyen  de communication, d’expression à partir de ce que nous possédons de plus personnel : notre peau. Ainsi, selon Marie Cipriani-Crauste lorsque nous touchons à la peau, nous touchons à l’intime.  Par des signes corporels indélébiles, nous exposons notre différence, notre personnalité.   (Delorme 2014) Le tatouage va  permettre de s’approprier son corps, tout en  l’exhibant à autrui. Il connote une dimension spatiale et temporelle très importante et permet de graver à jamais dans le présent et dans un futur proche des souvenirs passés. Il est le témoignage d’une authenticité que les individus cherchent à faire perdurer. L’idée d’une quête d’authenticité par le tatouage se retrouve également chez l’auteur Derek John Roberts dans son article Secret Ink: Tattoo’s Place in Contemporary American Culture :

 «  In an era when one’s professional or marital identity might readily change with the ebbs and flows of life, the ability of tattoos to serve as an unchangeable reminder of the true self makes them highly desirable.» (Roberts, 2012)

Le tatouage Handpoke permet de prendre pleinement conscience de la modification corporelle qui est en train de s’opérer. Par l’utilisation de l’outil vintage, certains aspects des  dimensions spirituels, cérémoniales qui allaient de pairs avec les premiers tatouages traditionnels s’expriment  par les caractéristiques techniques qu’impose  l’outil.

« Perso pour moi, ce que j’aime beaucoup ds cette technique là, c’est que c’est calme : c’est comme un peu une thérapie, une méditation : t’es concentré dans ton truc, puis tu peux aussi échanger avec la personne pendant que tu le fais, c’est très personnel comme technique je trouve parce que y’a moins d’interférences entre ce que je fais avec mes mains et le tatoo. »

Par l’utilisation de l’outil vintage, nous sommes à la recherche d’une expérience unique, d’authenticité gage de qualité tout en tentant de se démarquer dans une société ou le tatouage est devenu un accessoire de beauté. Ainsi, Camille nous explique que ses clients sont principalement attirés par le tatouage Handpoke pour expérimenter quelque chose de nouveau. Ainsi par le tatouage manuel, les clients ne sont pas nécessairement à la recherche d’une tradition et d’une authenticité à travers  une technique ancestral forte de sens et de signification, mais ils sont plutôt à la recherche d’une découverte sous tendue par la volonté de se démarquer et de sortir de l’ordinaire.

« [Ils recherchent] une expérience, […]  l’expérience différentes de ce qu’ils ont déjà connu. C’est rare que je tatoo des gens qui se sont déjà fait tatouer comme ça. Souvent les gens vont vouloir expérimenter quelque chose de différent, vouloir découvrir une nouvelle technique. Un peu comme on pourrait dire la curiosité. » 

Face à des tatouages démocratisés, les gens sont à la recherche de symboles originaux, permettant de se différencier. Les individus sont attirés par les expériences uniques et la nouveauté. Ainsi, les clients n’ont pas spécialement  conscience de toute l’histoire et l’ancienneté de cette technique, et n’éprouvent pas spécialement non plus  une nostalgie d’une époque où le tatouage avait un fort pouvoir symbolique, mais sont attirés par  la découverte d’une méthode permettant de se faire tatouer avec l’outil le plus simple qu’il soit.

«[…] Il y a beaucoup de curiosité parce que même si c’est une technique qui a toujours existé, c’est pas quelque chose qu’ont voit beaucoup à Montréal, Je pense que c’est vraiment l’envie d’essayer une nouvelle technique. Je dirais un attrait vers quelque choses qu’on ne connaît pas. »

Par une technique artisanale, les clients sont désireux d’expérimenter et de découvrir quelque chose de méconnu. Par l’expérience du tatouage manuel, le client est attiré par une technique de tatouage ancestrale, mais sans forcément être nostalgique de cette époque. Ce n’est pas parce qu’il pratique une méthode de tatouage qui a été remplacé au fil de l’histoire par le tatouage électrique, qu’il éprouve une émotion de tristesse et un sentiment de perte. Dans son article, Grainge cite Jameson qui  déconnecte la nostalgie stylisée de tout concept de mémoire. Il y a un développement de la nostalgie comme un style et non comme une émotion. (Grainge, 2000) Les consommateurs de tatouages Handpoke sont attirés par le retour à de vieilles techniques de tatouage, mais cette pratique n’entraîne pas automatiquement une émotion nostalgique. A ce stade, nous pouvons constater qu’aucune référence à un sentiment de perte ou de regret définissant l’émotion nostalgique n’a été évoquée. Nous pouvons cependant relever que c’est la technique de production vintage ainsi que ses spécificités particulières qui attirent, ce que nous pouvons qualifier d’attrait pour un mode nostalgique.

Des caractéristiques propres à l’outil

Les caractéristiques propres aux objets, pratiques vintage attirent, du fait de leur, atmosphère, techniques de productions particulières. Par le Handpoke, le client va se tourner et être attiré par les propriétés spécifiques de l’outil vintage. Par le tatouage manuel, l’outil va imposer  la simplicité et l’absence de toute interface superflue dans sa technique de tatouage. L’aiguille manuelle semble présenter des qualités qui lui sont propres et que nous ne pouvons pas forcément retrouver avec une machine à tatouer électrique.  Par exemple, le tatouage manuel par l’absence de mécanisation permet de tatoueur silencieusement, et l’aspect calme reste spécifique à cette technique.

« J’ai l’impression que ça fait prendre conscience de toutes 
les sensations, de tout l’effort que tu mets dans le travail que 
tu fais. Ça te fait prendre conscience aussi que maintenant c’est 
compliqué de prendre juste un moment, de prendre le temps d’y aller 
point par point puis de te rappeler que des gens font ça depuis des 
milliers d’années, ça a toujours existé. C’est comme quelque chose 
de fort ! Des fois j’y pense et je suis comme « HOO ». C’est 
incroyable de se dire que ça a toujours existé et que je suis 
encore capable de reproduire cette tradition. Ce qui est important 
c’est de ne pas se laisser emporter par les technologies qui vont 
super vite et de pas se retourner et de voir qu’avant ils faisaient 
ça comme ça. C’est vraiment une expérience enrichissante. On devrait 
prendre plus le temps de tatouer à la main, c’est calmant ! » 
(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal)

Par une atmosphère calme et apaisée, le rapport au client devient plus intime. Comme nous l’explique Camille, à travers cette technique, il n’y a aucune interférence entre le tatoueur et son dessin. Il est question de l’artiste, sa main, l’aiguille et le tatouage. Il n’y a rien entre ces éléments. Il n’y a aucun dispositif électrique qui vient interférer la dedans. Ces aspects restent donc identiques au travail ethnique,  qui sonne comme un retour aux origines du tatouage. Le tatouage Handpoke est dénudé de technologie qui se retrouve systématiquement dans le tatouage électrique. Bien que le tatouage à la machine électrique permet des résultats très impressionnants grâce à la technologie, le résultat imposé par la technique de tatouage manuel est tout autre chose. Le coté originel de cette technique permet des spécificités imposées par l’outil. Comme évoqué plus haut en s’appuyant sur les travaux de  Grainge, au travers l’expérience du  tatouage manuel, c’est le mode nostalgique  qui va être convoqué mais cela ne va pas nécessairement impliquer un sentiment nostalgique.  Mode et sentiment nostalgique sont distincts. «Les modes nostalgiques ne sont pas forcément générés par des états d’âme nostalgiques, ou inversement» (Grainge, 2000).  Ce sont les caractéristiques spécifiques de l’outil  qui vont être prisées. Les propriétés  de l’aiguille manuelle vont permettre une qualité qui lui est propre avec un résultat particulière et atypique qui est dépendante de cette technique de production ancestrale. Par ces modalités techniques,  le graphisme va être dépendant de l’outil. L’outil vintage va ainsi influencer l’esthétique.

L’influence de la technique sur le graphisme

Plus tôt, nous avons constaté que, par le tatouage manuel, les clients étaient à la recherche d’une expérience nouvelle, sortant des sentiers battus. De plus, le Handpoke dispose de caractéristiques qui sont propres à l’outil  et qui peuvent être jugées comme gage de qualité et  d’une expérience atypique permettant de se démarquer. Cependant, il est important de mentionner que le graphisme propre à la technique vintage va influencer les clients attirés par l’esthétique offerte par le Handpoke.  L’objet  à l’origine du tatouage Handpoke est d’une grande simplicité. Bien que de multiples variations existent au sein même des machines manuelles, les éléments de base restent identiques.

 « Je vais prendre mon aiguille de tatouage que je vais mettre 
sur un petit bâton, je vais prendre la même aiguille que sur les 
machines à tatouer , je colle avec du ruban adhésif puis je vais 
mettre mon aiguille tremper dans l’encre puis je vais aller piquer 
la peau pour faire entrer l’encre. Je vais vraiment y aller point 
par point pour faire la ligne, le motif que je veux. »
(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal

L’aiguille manuelle, bien loin de la technologie de l’aiguille électrique va ainsi entraîner un graphisme spécifique. Le tatouage Handpoke, procédant point par point est souvent long, ce qui limite les possibilités de faire des grosses pièces ou des jeux d’ombres par exemple. Souvent minimal et épuré, chaque tatoueur va donc tenter de jouer avec l’outil afin de développer sa propre technique et de proposer à travers cette ancienne méthode, un graphisme personnel et modernisé. Cette volonté traduit non pas le regret et la nostalgie de tatouages ancestraux, mais plutôt l’attrait pour la simplicité de l’outil vintage et le plaisir de « créer du neuf avec du vieux ». La créativité du tatoueur est ici sollicitée afin de se démarquer au sein de la profession en proposant un style lui étant propre et permettant de l’identifier bien que son matériel de travail soit extrêmement simple et similaire à tous ses confrères tatoueurs. Ainsi Camille dit :

« Je pense qu’ici dans le contexte stick and poke, pour moi, ça a 
été vraiment de l’essai, de trouver ma technique, de développer, 
de trouver mon style, comment placer mon aiguille, sur quoi je 
la mets, ba tu vois les autres personnes que je connais et qui 
travaillent comme moi ont toutes des techniques différentes. 
Ils vont pas placer leurs aiguilles pareilles comme moi, ils ne vont 
pas piquer de la même façon. C’est vraiment tout le monde développe 
sa propre technique, façon de faire. C’est cool je trouve de partir 
de quelque chose de traditionnel et tout le monde s’en va un peu      
dans tous les sens. » 
(Camille, tatoueuse handpoke, Montréal)

Les objets vintage sont souvent recherchés pour leur esthétique ancienne, leur aspect « vieillot » leurs imperfections, voir leurs looks démodés qui en font leurs charmes. Ce sont des critères  que nous pouvons retrouver dans le tatouage manuel à travers le résultat qu’offre l’outil. L’outil  va se démarquer par une limitation technique qui va influencer le design qui sera de ce fait plus minimaliste, moins détaillé… Les clients vont être attirés par le graphisme dispensé par l’outil indépendamment de l’objet lui même, mais plus pour le rendu esthétique qu’il propose. Il est cependant notable que malgré une limitation graphique imposée par l’outil, chaque tatoueur va tenter d’expérimenter et d’aller aux delà des barrières techniques. L’outil ayant traversé les époques va être  réapproprié et se conformer à la modernité. Nous retrouvons l’idée de Niemeyer selon laquelle la nostalgie est «related to a way of living, imagining and sometimes exploiting or (re)inventing the past, present and future » (Niemeyer, 2014). Les différents artistes Handpoke évoqués par Camille démontrent les possibilités esthétiques et les styles atypiques qu’offre l’outil vintage malgré sa simplicité. Ainsi, Grace Neutral évoquée plus haut va jouer sur le remplissage et proposer des pièces de taille importante. La tatoueuse Jenna Bouma quant à elle va jouer avec un esthétique old school. En dernier exemple, nous pouvons citer Tatie Compton, qui va jouer avec les détails et des traits fins.

La technique de production vintage va ainsi utiliser l’outil que nous pouvions retrouver il y a des milliers d’années, mais sans pour autant chercher à reproduire un graphisme spécifique d’une époque ou d’une ethnie traditionnelle. Par l’outil et ses possibilités,  les tatoueurs vont essayer d’imposer leurs styles et de proposer une esthétique radicalement différente, s’inscrivant dans les pratiques et les coutumes contemporaines.

Conclusion

A travers mes lectures et l’interview de Camille, j’ai pu constater que le tatouage Handpoke n’avait pas nécessairement de lien avec un phénomène émotionnel nostalgique. Nous pouvons observer que la nostalgie est une notion complexe disposant de multiples facettes en fonction des contextes.  Niemeyer  cite dans son article les pensées de Keightley and Pickering en ces termes : « We have sketched out the general scope of these different kinds of nostalgia elsewhere, stressing the importance of distinguishing between them and showing how nostalgia may develop and be deployed as a source of creative renewal or critique of changed conditions within the present (Niemeyer, 2014).L’étude du tatouage Handpoke au travers une technique de production artisanale, faisant référence à la notion de vintage, n’est pas vectrice de sentiment nostalgique dans mon étude de cas. L’outil va permettre des spécificités qui induisent un attrait pour cette méthode, mais derrière la volonté de se faire tatouer manuellement, les clients et les tatoueurs ne recherchent pas un élément permettant de combler un sentiment de perte, de regret ou une justification de retour dans le passé. Le tatouage manuel va ainsi plaire par la technique qu’impose l’outil à un design sans ombrages, avec peu de détails et de fioritures qui évoquent un artisanat, une méthode allant droit aux finalités, la simplicité sonnant comme un gage de qualité. Nous retrouvons la théorie de Grainge (2000) selon laquelle il existerait un mode nostalgique et un « mood » nostalgique qui s’accommode aux sentiments et aux émotions. Par la recherche de caractéristiques propres à la technique, les individus sont ici dans un mode nostalgique sans qu’il y ait forcément d’interférence avec des sentiments nostalgiques. Le mode nostalgique peut exister indépendamment du « mood ». La nostalgie étant à présent entrée dans notre quotidien et associée à nos pratiques culturelles, elle ne va pas obligatoirement découler d’un sentiment de perte, de regret ou de mélancolie pour un passé déploré, mais sera probablement plutôt liée à une nostalgie du futur.

Bibliographie 

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Delorme, F. (2014). Tatouage: la mémoire dans la peau. Repéré à https://www.franceculture.fr/emissions/culturesmonde/du-bistouri-au-mascara-transformer-son-apparence-14-tatouage-la-memoire-dans

Grainge, P. (2000). Nostalgia and style in retro America: Moods, and modes, and media recycling. The Journal of American Culture23(1), 27.

Knowles, K. (2015). Locating vintage. NECSUS. European Journal of Media Studies, 4(2), 73-84.

Le Breton, D. (2006). Signes d’identité: tatouages, piercings, etc. Journal français de psychiatrie, (1), 17-19.

Müller, E. (2012). Poétique du » sauvage »: une pratique de tatouage dans le monde contemporain (Doctoral dissertation, Université de Strasbourg).

Niemeyer, K. (2015). A theoretical approach to vintage: From oenology to media. NECSUS. European Journal of Media Studies, 4(2), 85-102.

Niemeyer, K. (2014). Media and nostalgia: Yearning for the past, present and future. Springer.

Niemeyer, K. (2017). FCM7516_600 : notes du cours 3

Roberts, D. J. (2012). Secret ink: Tattoo’s place in contemporary American culture. The Journal of American Culture, 35(2), 153-165.

Ropert, P. (2016). Tatouage : l’art dans la peau. Repéré à https://www.franceculture.fr/societe/tatouage-lart-dans-la-peau

Salmandjee, Y. (2003). Piercings et tatouages. Eyrolles.

 

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