Friends et ses fans 13 ans après

Par Amélia-Rym Abderrahim

Résumé – Cette recherche porte sur la série télévisée Friends. Plus précisément, je m’intéresse à l’attachement des fans envers cette sitcom. Ce que j’ai cherché à comprendre est de savoir si et de quelle manière les fans de Friends sont-ils nostalgiques, et de quel type de nostalgie il est question. J’ai réalisé une ethnographie en ligne d’une communauté de fans sur un groupe Facebook et ainsi qu’une analyse de certains de leurs échanges. Ce qu’il ressort de cette analyse est que les fans continuent de discuter et de revenir sur l’intrigue, de jouer avec le contenu de la série, et principalement d’assouvir le désir profond des fans de rester dans l’univers fictionnel de Friends tout en transposant le genre humoristique dans leur dialogue.

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Pendant nos échanges en classe sur Mad Men, les séries et ce « le mal du pays sériel », j’ai pensé aux sitcoms : Friends, How I met your mother et The Big Bang Theory. Dans ces séries-là, on amène dans les scénarios un changement de lieu, souvent un déménagement. Les sitcoms n’utilisant principalement les mêmes lieux, ces changements sont, selon moi, mal reçus par les fans. Par exemple, dans How I met your mother, le couple Lily et Marshall déménage au New Jersey (et donc quitter New York, le lieu où prend place la série). L’épisode de leur déménagement est entièrement dédié à une série de flashbacks de leurs bons (voire mauvais) souvenirs qui se sont déroulés chez eux. Quelques épisodes plus tard, on les voit dans leur maison au New Jersey et les personnages expriment explicitement manquer leur vie à New York. Dans Friends, le même procédé est également utilisé: une série de flashbacks pendant un épisode après un changement de lieu (par exemple, l’épisode final, ou encore quand Monica et Rachel échangent d’appartements ave Chandler et Joey après un pari). Ce que je cherche à comprendre est ce potentiel et possible lien de nostalgie entre les séries et les fans. Je m’intéresse donc plutôt à la réception : cet attachement des fans envers une série. Finalement, j’ai décidé de prendre comme objet de recherche Friends. Tout simplement parce qu’elle est, selon moi, une série culte et par ailleurs, une sitcom pour laquelle j’ai beaucoup d’affection me considérant moi-même une fan.

Friends, la série tant appréciée des années 90, la sitcom américaine culte par excellence. Diffusée de 1994 jusqu’en 2004 sur NBC, cette série a été produite par Marta Kauffman et David Crane. Diffusée en 10 saisons, Friends relate la vie quotidienne de six amis (Chandler, Monica, Joey, Ross Rachel et Phoebe) dans leur vingtaine vivant à New York. De nombreux thèmes sont abordés, mais l’idée centrale reste autour de l’amitié (au sens familial). Ce qui intéressant est le côté intergénérationnel de la série. Le pilote a été diffusé le 22 septembre 1994, mais la série n’a pas été que regardée par cette génération-là. Comme on peut le voir dans les commentaires de page fan sur Facebook (cf. fig1), beaucoup l’ont regardé quelques années plus tard. Disponible sur Netflix depuis le 1er janvier 2015, de nombreuses personnes la regardent aujourd’hui. Pour ma part, je l’ai regardé plus petite avec ma mère et je l’ai encore revue cette année.

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Fig.1

Friends, 10 saisons sur 10 ans. Cette sitcom a remporté un large succès mondial, et un amour irremplaçable de leurs fans. Un lien affectif très fort existe entre les fans et les personnages de la série. Pendant dix saisons, les spectateurs voient la vie de ces personnages, et sans surprise s’attachent à eux. L’attachement entre les fans et le sitcom est ce qui va m’intéresser. Tout est fait pour créer cet attachement. Tout d’abord, l’espace. Les scènes prennent place généralement dans les mêmes lieux : l’appartement de Monica, l’appartement de Joey en face, le café. D’ailleurs, quelques épisodes sont consacrés à se remémorer les souvenirs qui ont pris place dans ces lieux. Par exemple, l’épisode final de Friends est entièrement consacré à l’appartement de Monica. Des flashbacks sur les événements importants de la série sont montrés, et ainsi la toute dernière scène se finit sur l’appartement vide. De plus, la manière dont les scènes sont tournées : on a l’impression d’être dans l’espace du sitcom, d’être à l’intérieur même. La notion de proximité est primordiale ici. Deuxièmement, la temporalité. Une saison pour une année et le tout sur 10 ans. Regarder Friends s’installe dans le quotidien des spectateurs, ils grandissent avec cette série et donc inévitablement ce sentiment d’attachement s’ancre progressivement. D’après Anne Marie Todd (2011), l’épisode final de Friends était un rituel pour dire au revoir aux personnages et aussi pour que les personnages se disent au revoir entre eux : Monica dit que l’appartement vide semble bizarre, comme si elle prenait la parole des fans. Aujourd’hui la série suscite toujours de l’intérêt, et c’est qui m’intéresse à cette recherche.

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Comme je l’ai dit, ce qui me préoccupe le plus est l’attachement entre série et fans. C’est la raison pour laquelle dans cette recherche je vais m’intéresser exclusivement à la réception. Ma problématique est donc la suivante : comment une série continue-t-elle à vivre par ses fans 13 ans après son épisode final ? Pourquoi cette sitcom anime-t-elle toujours les discussions de ceux-ci ? De quelle manière et comment (ou non) les fans de Friends sont-ils nostalgiques ? De quel type de nostalgie est-il question ?

Premièrement, il me parait pertinent de distinguer fan et téléspectateur. D’après le Larousse, un téléspectateur est une « personne qui regarde et écoute la télévision », alors que fan est défini comme « admirateur enthousiaste, passionné de quelqu’un, de quelque chose ». Selon Henry Jenkins, « les fans de médias sont des consommateurs qui produisent, des lecteurs qui écrivent et des spectateurs qui participent » (Jenkins, 2008 : 212). De plus, pour les comprendre, il faut mettre en lien les fans avec les communautés dans lesquelles ils s’attachent, c’est ce qu’il appelle la fandom. Celle-ci a plusieurs caractéristiques : un mode de réception particulier, une communauté interprétative particulière, un monde de l’art particulier et une communauté sociale alternative (Jenkins, 1992 : 284). Ensuite, Jean-Piere Esquenazi, dans son ouvrage « Mythologies des séries télé » (2009), s’intéresse aux publics, il a réalisé une cinquantaine d’entretiens avec de jeunes adultes français fans de séries télé. Il soutient plusieurs éléments : premièrement, les passions sérielles. Pour les amateurs de séries, un sentiment d’intimité est lié au visionnement de la série, qu’on la regarde en famille, en couple ou seul. Il ajoute :

« Les fans sont à la fois délicieusement et intimement immergés au sein d’un ou de plusieurs univers sériels et prêts à partager leur attachement avec d’autres pourvu que ceux-ci affichent des gouts analogues. En d’autres termes la première grande réussite du genre sériel, c’est d’être parvenu à nous proposer des mondes fictionnels qui réussissent à partager notre intimité. » (Esquenazi, 2009 : 8)

Deuxièmement, les séries télé sont pour lui une culture passionnée : il prend l’exemple d’Agathe, une fan d’Urgences, celle-ci se retrouve très sensible au départ et arrivée des personnages. Aussi, Alexandra, une étudiante en Master, grande amatrice de Friends. Pour elle, ce que vivent les personnages de la série est un modèle de vie idéal. Troisièmement, l’auteur voit dans les séries un phénomène culturel :

« Ces jeunes […] trouvent dans les séries une sorte d’accomplissement fictionnel. Ils savent parfaitement comment elles sont fabriquées (ce qui est une grande nouveauté dans notre pays où nos critiques ont méconnu jusqu’à très récemment la notion pourtant simple de « saison ») ; ils n’ignorent rien des ressorts narratifs sériels, lesquels atteignent souvent des sommets de complexité inaccessible aux films ou aux romands pour de simples questions de taille […] » (Esquenazi, 2009 : 19)

Dernièrement, Esquenazi affirme que les fans se rattachent plutôt aux univers fictionnels qu’aux personnages. Ce que les fans adorent est retrouver une atmosphère et un cadre narratif. Cet attachement entre fans et série est possible par la richesse des univers fictionnels sériels. Pour ce faire, l’auteur pose deux conditions : la disponibilité des publics et la fiction à épisode qui permet une pérennité des séries (Esquenazi, 2009 : 81).

L’article de Katharina Niemeyer et Daniela Wentz dans Media and nostalgia (2014) constitue une référence sur le thème de la télévision et la nostalgie. Selon elles,

« Une série nostalgique est très souvent l’objet du « longing » de son public. En même temps, la nostalgie semble être l’un des sujets préférés des séries télévisées pour s’engager à plusieurs niveaux. Ces deux concepts (c’est notre hypothèse) sont basés sur le fait que non seulement une série, due notamment à ses caractéristiques structurelles et temporelles, est particulièrement appropriée pour dévoiler les multiples dimensions de la nostalgie, mais aussi cette nostalgie, à travers ses modes d’existence et son temps peuvent être considérés comme l’une de ces caractéristiques. » (Niemeyer & Wentz, 2014 :129, ma traduction)

L’article développe en détail plusieurs formes de nostalgie dans les séries et leurs personnages. Dans l’extrait de Mad Men sur le carrousel, elles mettent en avant cette notion de « maison » (que le personnage principal appelle « cet endroit où on sait que l’on est aimé »), et donc le mal du pays qui est une forme de nostalgie. La notion de mal du pays et de maison est évoquée dans bien d’autres séries comme Lost et Game of Thrones. La nostalgie au sens de mal du pays ne se trouve pas uniquement dans la série, mais aussi auprès de l’audience. Le fait de regarder la télévision procure un sentiment de « se sentir chez soi ». Comme une série se regarde régulièrement, cela renforce le sentiment nostalgique des publics. La scène du carrousel démontre aussi que les médias et la nostalgie sont liés. Don Draper, pendant sa démonstration, décrit le carrousel comme une machine à remonter le temps « reculant, avançant, en rond et en rond », les auteures mettent en lien cette notion avec les séries télévisées : le lien sentimental entre les spectateurs et la série. C’est ce qui explique pourquoi les spectateurs regardent régulièrement et continuellement une série. « Regarder des séries télévisées se rapporte à des habitudes personnelles basées sur de nouvelles façons d’organiser le temps et l’espace de la visualisation elle-même. » (Niemeyer & Wentz, 2014 : 133, ma traduction). L’hypothèse des auteures serait que les séries ne peuvent jamais ne pas évoquer le sentiment nostalgique. De plus, elles parlent de « serial nostagia », quand les séries se sentent nostalgiques d’elles-mêmes, comme dans Friends ou How I met your mother où souvent dans des flashbacks occupent tout un épisode. A noter que dans HIMYM, la nostalgie se situe elle-même dans la narration.

Afin d’analyser ma production culturelle, je me suis intéressée aux communautés de fans de Friends. Mon but est de découvrir comment les fans vivent la nostalgie liée à la série, et surtout de quel type il s’agit. Est-ce une nostalgie liée à l’époque (vécue ou non vécue), personnelle par rapport à leur vie, à l’univers de la série ? Pour ce faire, la méthodologie choisie relève d’une ethnographie en ligne d’une communauté de fans : une observation en ligne d’une semaine, puis une analyse de contenu suivi une analyse de discours : qu’est-ce que disent les fans aujourd’hui ? De quoi discutent-ils ?

En allant sur le terrain, j’ai découvert plusieurs éléments. Il existe une fan page officielle sur Facebook avec 19 millions de fans. Bien évidemment, la série étant terminée, la page sert exclusivement comme archive. Par exemple, (cf. fig 1) la publication interpelle les fans et leur demande ce qu’ils faisaient le jour de la première diffusion. Étonnamment, beaucoup ont répondu qu’ils l’ont regardé plus tard étant plus jeunes en 1994.

Pour cette recherche, j’ai décidé de prendre plutôt comme objet un groupe « fermé » sur Facebook, car selon moi celui-ci demande plus d’investissement qu’une fan page Facebook. Le groupe que j’ai choisi est le suivant : F.R.I.E.N.D.S – BEST TV SHOW (cf. fig 2). Ce groupe a 4 admirateurs et 4 modérateurs ainsi que 50 692 membres (nombre enregistré le 28 novembre 2017). Dans la description est indiqué ceci : « Our motive is to make F.R.I.E.N.D.S alive in everyone’s heart. Keep loving and keep supporting”.

Fig. 2
Fig. 2

J’ai procédé de la manière suivante : pendant une semaine (du 22 au 28 novembre 2017), j’ai répertorié toutes les publications publiées sur le groupe. J’ai d’abord fait une capture d’écran de la publication, et anonymisé les noms des personnes qui ont commenté ou publié. Ensuite je les ai codées sur une grille d’analyse via Excel. Les catégories de codage (cf fig. 3) sont les suivantes : numéro de la publication, date et heure de la capture d’écran, date et heure de la publication, type, thème, nombre de « likes », nombre de commentaires et genre. Au fur et à mesure de l’observation en ligne j’ai pu affiner mes catégories de codage. Le type concerne le contenant de la publication : un texte, une image, les deux. Le thème est au niveau de contenu, c’est-à-dire qu’est-ce qui est au dit. J’ai identité 6 thèmes. Ensuite le genre m’a permis de déterminer le ton de la publication, est-ce humoristique, ludique ou encore nostalgique ?

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Fig. 3

Après cette observation en ligne, j’ai répertorié un total de 138 publications sur une période d’une semaine. Ce que les résultats montrent est premièrement, une majorité de publications de type 1 (texte uniquement, 2 (visuel uniquement) et 3 (texte + visuel. Il y avait très peu de vidéos, ce que je trouve étonnant pour un groupe de fans d’une série télévisée. Concernant le thème, ce qui est revenu majoritairement est 1 (question/opinion sur le plot/série), 3 (contenu de la série) et 5 (fan related/fan création). Tout ce qui concerne les acteurs (et non les personnages) est très brièvement apparu. Quant au genre, ce qui a été utilisé le plus souvent est humoristique et ludique, ensuite neutre et nostalgique. A défaut ne pas pouvoir discuter de toutes les publications, je développe ci-dessous quelques publications de la grille d’analyse représentative des résultats.

Question/opinion sur le plot/ la série

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Fig. 4

Ce thème-ci concerne tout ce qui est discuté autour de l’intrigue, de la série en elle-même. La publication (cf. fig 4) est hybride, un texte et une image. L’image montre deux personnages de la série (Joey et Rachel) avec un texte incrusté « J’ai aimé Joey et Rachel si fort que j’aurais aimé qu’ils durent plus longtemps » (ma traduction). La personne qui a publié cette image a en plus ajouté un commentaire « personne d’autre ? ». Tout d’abord, il s’agit d’une discussion sur l’intrigue de Friends. La personne qui a publié cette publication revient sur un élément précis de la série : ici, quand Joey et Rachel formaient un couple, et relance les débats sur cet élément qui s’est produit auparavant dans la série. Deuxièmement, la fan publie l’image qui représente son opinion et demande aux membres du groupe s’il n’y a personne d’autre qui la partage. Ce serait un moyen de faire reconnaitre et faire valider son avis par ses « pairs », qui sont ici bien évidemment les autres fans de Friends, des personnes comme elle. Ensuite, ceci est lié au genre qui est nostalgique dans ce cas-ci. Le commentaire en lui-même n’est pas nostalgique, mais le texte incrusté sur l’image et le reste des commentaires le sont. Le verbe est au passé « je les ai aimés ensemble », qui revient à la temporalité de la série, donc au moment même dans la série où ils étaient ensemble la fan adorait ce couple. C’est une manière d’affirmer son opinion sur un passage de l’intrigue, mais également d’affirmer un manque, qui est ici le couple Joey Rachel.

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Fig. 5

L’objet suivant (cf fig 5) est une image dans laquelle est ancré un texte : « je sais que ce n’est pas vraiment une confession mais dans la saison 3 où Monica cogne la tête de Ben et que Ben dit Monica bang, on dirait que ça sonne comme Monica Bing, peut être que Ben prédisait le futur » (ma traduction). Cela permet de revenir sur la série, d’avoir un retour en arrière avec un bagage de connaissance Friends. Le second visionnage relève alors ici plutôt d’une analyse : grâce à ce bagage de connaissance, le fan peut regarder plus en détail la série, car il connait l’intrigue, il n’y a plus de mystère sur ce qu’il va se passer. Ensuite, le partage de cette « découverte » lance une discussion sur la série en elle-même avec les autres fans. De plus, le binge watching semble être propre à cette communauté, car de nombreuses publications faisaient directement référence à cette pratique.

 

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Fig.6

Ici (cf fig. 6), un exemple parmi tant d’autres où le fan pose son opinion sur un moment de l’intrigue, ici quand le couple Monica et Chandler cachaient leur relation, et demande par la suite quels sont les moments préférés des autres fans autour de cette histoire dans la série. Les commentaires reprennent des avis et même des dialogues de la série, ce qui montre une grande connaissance de la série. Le genre se rapport à de l’humour, car le commentaire de la publication n’est pas nostalgique ni triste, mais appréciatif et humoristique puisqu’il se rapporte à des éléments comiques de Friends.

 

La publication suivante (cf. fig 7)

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fig. 7

concerne un commentaire d’un fan demandant aux autres membres de nommer un objet que seul les fans de Friends peuvent comprendre. Pour moi, il s’agit ici du thème 3 contenu de la série et 5 fan related, car tout ce qui va être commenté est des éléments propres à la série et ensuite c’est une manière de s’affirmer en tant que fan et d’être reconnu comme tel. Dans cette publication, il est demandé de commenter seulement ce qui est connu des fans de la série, donc les personnes qui ont répondu se considèrent eux-mêmes fans de Friends. En lisant les commentaires des autres et en les « likant », les fans se reconnaissent entre eux, une manière de s’inclure globalement dans un groupe d’appartenance, qui est ici la communauté de fans de Friends. C’est aussi un moyen de revivre Friends, car en lisant les commentaires, on peut se souvenir de quel épisode ou de quelle scène il s’agit. Le genre est ici, ludique, car c’est en fait un jeu entre fans de se rappeler du contenu de la série, de son univers fictionnel, mais aussi nostalgique, car le fait d’y prendre part, de jouer à se rappeler c’est une forme de nostalgie.

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Fig. 8

Cette publication (cf. fig 8) est une forme qui revient assez fréquemment. C’est un collage de 4 images d’une scène de la série avec les discours retranscrits. La personne qui a publié cette image a également commenté ceci : « quand tu es en train de jouer le rôle d’un jeune de 19 ans » (ma traduction). Premièrement, c’est un moyen de revivre la scène, mais également de se la réapproprier pour en faire une blague, car la scène choisie est bien évidemment une scène drôle. Les commentaires qui en suivent continuent, d’une certaine façon cette scène en commentant les dialogues prenant place dans cette scène. De même ici, le thème concerne le contenu de la série et une fan création, car le fan a repris une scène qu’il a transformée en image pour se la réapproprier.

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Fig. 9

De nouveau, dans cette capture d’écran (cf fig 9), on voit que l’auteure du post utilise le même procédé : elle reprend un contenu de la série, qui est ici une capture d’une scène où on voit le personnage Joey en arrêt sur image (un arrêt sur le moment où il parle) avec un texte incrusté en majuscule « Joey ne partage pas sa nourriture ! ». La fan commente « moi à Thanksgiving », c’est-à-dire qu’elle reprend un passage du sitcom pour le transformer une blague, une manière de se réapproprier la série.

 

 

Fan related/ fan création

Dans la publication suivante (cf. fig 10), l’auteur poste des photos de ses nouveaux tatouages, qui représentent tous des éléments de la série, y compris le titre Friends avec la même typologie. Cela relève de plusieurs éléments. Premièrement, c’est une manière

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Fig. 10

de s’affirmer en tant que fan, mais également prouver qu’il est en un. Pour marquer sur son corps sa série préférée, il me parait évident qu’il faut avoir énormément d’affection pour celle-ci. Non seulement le fan en question a tatoué le fait qu’il est fan, mais en plus il a publié sur ce groupe pour montrer aux autres fans qu’il en un. C’est une manière de se faire reconnaitre par ses pairs en tant que tels, mais aussi de faire apprécier ses tatouages par la fandom. Selon moi, le fait de s’être fait tatouer Friends est un moyen de ne pas oublier et de se rappeler cette série.

 

 

 

 

« Do you remember »

Dans le thème « question do you remember », peu de publications ont été répertoriées, toutefois ce thème est quand même présent. Dans cet exemple (cf fig 11), une image d’une scène de Friends est montrée avec comme commentaire « qui se rappelle de cette scène épic ? » (ma traduction). Ici, il y a comme discuté précédemment un jeu de mémorisation sur la sitcom. Des personnes ont tout simplement répondu qu’ils s’en souviennent, mais d’autres vont plus loin et vont jusqu’à expliquer le contexte de la scène, reprendre des dialogues et faire des blagues autour de cette scène.

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Fig. 11

Selon moi, c’est aussi un moyen de tester son niveau de « fan » : si un membre du groupe sait répondre à cette question, cela signifie que son niveau de connaissances Friends est élevé. Ici, le genre est également nostalgique (jeu de mémorisation) mais aussi ludique.

Autres

Enfin, dans les thèmes, j’ai mis dans la catégorie « autres » tout ce qui était inclassable. Ce qui est intéressant est ici (cf fig 12) une opposition avec d’autres shows. Dans cette publication est une montrée en image un collage de différentes séries : en haut à gauche Bigg Boss ce que les enfants regardent, en haut à droite, les hommes regardent How I met your mother, et en bas (cette partie proportionnellement plus grande aux deux autres séries), Friends, ce que les légendes regardent. Ensuite la personne qui a posté cette image a commenté ceci : « légendes, levez la main ». Ceci indique deux

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Fig. 12

éléments. Premièrement, on a encore cette identification de fan, ce principe de s’affirmer comme tel. De plus, même si on se trouve déjà dans un groupe de fans qui a principe n’a que des fans de la série, la personne qui publie demande à ce que les légendes se manifestent. J’ajoute de plus que cette publication a été très populaire sur le groupe puisque ce post a obtenu plus de 1100 likes et 50 commentaires. Deuxièmement, l’affirmation d’être un fan se manifeste cette fois-ci de manière plus forte, car la série Friends est opposée de manière glorifiante à deux autres séries. Les fans se donnent un statut de légende et implicitement à la série elle-même.

Analyse de discours

Enfin, quant à l’analyse du discours, ce qui me semble le plus important est le langage propre à la série. En effet, il y a énormément d’« inside joke », de références à Friends ; il est donc nécessaire d’avoir un bagage de connaissances Friends pour pouvoir dialoguer avec les autres fans. De ce fait, ayant revu la série dernièrement, j’ai su comprendre tout ce qui a été dit sur ce groupe, il m’aurait été paru compliqué de réaliser ce travail dans le cas contraire. Deuxièmement, au niveau des pronoms, j’en ai identifié deux : la première du singulier « moi en tant que fan de Friends, JE dis ça » et la 1ère personne du pluriel, le nous, qui est dans ce cas-ci inclusif ; les fans forment un « nous ». Au sujet de la temporalité, on retrouve deux temps : le passé et le présent. Par exemple, dans la publication au sujet du couple Joey Rachel expliqué précédemment, on retrouve ces deux temporalités «je les aime ensemble » qui est au présent comme si ce couple est toujours actuel (or, dans la série, ils ont duré brièvement) comme si les personnages de la série sont toujours présents, et « je les ai aimés ensemble » qui fait allusion au moment dans la série où ils formaient un couple cette personne les appréciait ensemble.

En conclusion, ce qui ressort de cette analyse est que ce groupe Facebook forme un espace pour partager sa passion avec d’autres fans, de rester plonger dans l’univers fictionnel, et plus généralement de rassembler la communauté de fans. J’ai montré ici que les membres présents sur le groupe ne sont pas des casual fans, la plupart ont une connaissance assez poussée de la série pour aller même jusqu’à connaitre par cœur des dialogues de certaines scènes. Je soutiendrai qu’il y a une tendance nostalgique, mais je ne peux pas affirmer que les personnes le sont, que l’émotion est présente, car pour ce faire, il aurait fallu appliquer une méthodologie mixte : une ethnographie en ligne et des entretiens avec quelques personnes de la communauté. Étant donné la nature de cette recherche qui s’inscrit dans un travail de session pour un séminaire, cette méthode n’était pas applicable. De plus, n’ayant pas accès aux profils des membres du groupe ni d’avoir eu des informations sur leur passion pour la série, il est difficile de savoir situer de quelle nostalgie il s’agit. Toutefois, ce que les résultats montrent est que ces fans transposent dans cette communauté l’atmosphère de la sitcom, une série où l’humour prône. C’est pourquoi dans les publications on retrouve cette atmosphère humoristique et ludique, notamment quand les fans jouent avec le contenu de la série qui leur permet de revivre certaines scènes. Pour moi, la tendance nostalgique est liée au désir des fans de vouloir continuer à rester dans l’univers de Friends. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’ils discutent des personnages et non des acteurs (leur vie privée et carrière). Une autre difficulté de cette recherche a été de coder le contenu. En effet, ce groupe contenait une large diversité de publications, d’où la raison pour laquelle quand certaines publications ne pouvaient pas rentrer dans des catégories de thème, je les ai placées dans « autres ». Enfin, on peut s’interroger sur de nouvelles perspectives de recherche, notamment sur Netflix et son utilisation de la nostalgie. Comme je l’ai dit dans l’introduction, depuis le 1er janvier 2015 Friends a été mis sur le catalogue de la plateforme. Dans le cas où des entretiens auraient possibles, il aurait été intéressant de demander sur quel support ils regardent la série. Netflix est un site qui permet largement le binge watchting, qui est propre aux fans de Friends qui regarde en boucle les saisons. Il serait aussi pertinent de se demander si de nouveaux fans sont apparus par le biais de Netflix. Enfin, je conclurai par dire ceci : des signes peuvent évoquer de la nostalgie, mais via cette analyse je ne peux pas affirmer que tous les fans de Friends le sont. Ce qui en découle est l’attachement des fans pour Friends, désireux de rester dans l’univers fictionnel et ne pas l’oublier.

Bibliographie

Esquenazi J-P., (2009) Mythologies des séries télé. Paris : Le cavalier bleu.

Jenkins H., (1992) Textual Poachers. Television fans & Participatory Culture, Routledge, London & New York.

Jenkins H., (2008) « La « filk » et la construction sociale de la communauté de fans de science-fiction », pp. 212-222, in Glévarec H., Macé E, Maigret E., dir., Cultural Studies. Anthologie. Paris, Armand Colin.

Niemeyer, Katharina (ed.), (2014) Media and Nostalgia, Basingstoke, Palgrave Macmillan.

Todd, A. M., (2011) Saying Goodbye to Friends: Fan Culture as Lived Experience. The Journal of Popular Culture, 44: 854–871. doi:10.1111/j.1540-5931.2011.00866.x

Article en ligne

Jancelewicz C. 10/15/2014. ‘Friends’ On Netflix Canada: All 10 Seasons To Stream In January 2015. HuffPost Canada TV. Consulté le 15 décembre 2017 :

http://www.huffingtonpost.ca/2014/10/15/friends-netflix-canada-january-2015_n_5990408.html

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