Peaky Blinders : l’image d’une certaine Europe ouvrière au travers d’un peuple nomade

Par Magali Vilain (Université Catholique de Louvain)

Résumé:

Ce présent travail porte sur l’étude de la série télévisée britannique HBO Peaky Blinders du producteur Steven Knight, diffusée sur la BBC depuis 2013. Celle-ci est retransmise depuis mars 2015 sur la chaine Arte en français (KNIGHT, 2018).

Les Peaky Blinderssont une famille de gens du voyage vivant d’activités prohibées et criminelles dans le Birmingham de l’entre deux guerres.

Notre article vise à déterminer en quoi passer au-delà des frontières sociales ne se fait pas sans nostalgie et mélancolie. Cette analyse sera basée d’une part, sur le personnage de Thomas Shelby (interprété par Cillian Murphy), vétéran héroïque de la Première Guerre mondiale et, d’autre part, sur les scènes de la série décrivant le nomadisme d’avant la sédentarité de la famille.

I.             Prologue

« Dans le cadre de recherches généalogiques, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec la cousine de ma grand-mère, encore parmi nous au moment de la rédaction de ce travail. J’ai ainsi découvert l’histoire de Joseph Couvreur, mon arrière grand-oncle, mort de maladie à 18 ans au retour de sa déportation en Allemagne, lors de la Première Guerre mondiale. Mon arrière-arrière-grand-mère, désespérée, relatait que les Allemands avaient dit à son fils : «Toi kaputt, retour maison» pour se débarrasser du problème que constituait l’état de santé de Joseph.

Je suis heureuse aujourd’hui d’être en possession du « diplôme de déporté » de Joseph, qui eut à peine le temps de revenir de la Première Guerre, avant de mourir. Sur la place du village, demeure la mention sur le monument aux morts du nom de Joseph Couvreur, victime de la déportation, mort chez lui le 26 mai 1918…

Je me suis toujours demandée pourquoi mon grand-père, lui aussi soumis au travail obligatoire en Allemagne, durant la Deuxième Guerre cette fois, pendant un peu moins de quatre ans, regardait la télévision en allemand tard le soir. Il n’a jamais parlé à personne de ces années ou si peu… Quelle ne fut pas ma surprise de voir couler ses larmes de joie lorsqu’il rencontra un ami allemand, quarante-cinq ans plus tard. Le mur n’était pas encore tombé et certaines certitudes non plus.

II.           Introduction

Les quatre saisons actuelles de la série Peaky Blinders relatent, dans un contexte typiquement européen post Première Guerre mondiale, l’ascension sociale d’une famille de « Romano », dont les figures masculines sont d’anciens « soldats de sa Majesté ». Les femmes du clan, non moins redoutables, ont géré avec brio l’organisation familiale durant l’absence des hommes pendant la Première Guerre.

L’histoire se déroule à Birmingham, au centre de la région des Midlands de l’ouest en Angleterre. La ville est surnommée « l’atelier du monde » en raison de son rôle phare dans la période de la révolution industrielle.

Dans son article « Class, Place and History in the Imaginative Landscapes of Peaky Blinders », Paul Long attire l’attention sur le fait que la cité de Birmingham, pourtant deuxième ville du pays après Londres en population, constituait pour Steven Knight, le concepteur de la série « un grand trou noir au milieu du pays au niveau de la production télévisuelle anglaise »[1] (LONG, 2017, pp. 2-4).

III.         Problématique – Approche théorique

·      Problématique

Page 4 - 1 Tommy Shelby

Dans la série, Thomas Shelby, dit « Tommy », dandy à la beauté énigmatique, est le chef de famille. A la fois vétéran de la Première Guerre mondiale, comme ses frères, et «romanichel de Watery Lane », il veut peu à peu rejoindre l’élite sociale.

S’intéresser de près à la nostalgie de la mémoire des milieux populaires ouvriers a pour but, selon Sébastien Févry dans son article sur « Of Time and the City[2] » de « de préserver à travers le temps l’identité d’un groupe ou d’une communauté » (FEVRY, 2017, p. 2).

La série HBO s’inspire de l’histoire réelle, évidemment mâtinée de légende, du vrai gang des Peaky Blinders, qui répandit la terreur dans le Birmingham ouvrier des années 1880 à 1900. Les membres des gangs, parfois très jeunes (11-12 ans), étaient issus principalement des bidonvilles du quartier de Garrison Lane. C’est la fameuse casquette doublée d’une lame de rasoir qu’aurait arboré le gang original qui a donné son nom à la série.

La série est un tel succès que le musée de la Police de Birmingham a créé une aile de visite spécialisée qui leur est consacrée. (http://www.westmidlandspolicemuseum.co.uk/)

Cette ascension n’est pas sans nostalgie voire de mélancolie de ce que nous pourrions désigner par « l’âge d’or» de la liberté nomade de « l’avant » la Première Guerre Mondiale. Tommy est à la fois nostalgique du nomadisme d’ «avant la France[3]» comme plusieurs scènes de la série le suggèrent, mais pas seulement : personnage torturé par ce qui lui est arrivé durant la Première Guerre, il est aussi le génie créateur d’une entreprise criminelle qui ne parvient pas à faire son deuil de sa vie d’avant la Première guerre.

·     Approche théorique

La nostalgie 

 Katharina Niemeyer définit dans son article : «Désigner l’âge d’or : médias et nostalgies d’un espace et d’un temps (a)dorés » la nostalgie comme « le désir de retourner à une époque passée que nous n’avons pas vécue ainsi que le regret d’un passé qui n’a jamais été, mais qui aurait pu être ou encore un avenir qui jamais ne sera » soit pour la famille Shelby « l’idée que tout était mieux avant » (NIEMEYER, 2016, p. 22).

La notion d’âge d’or 

 Niemeyer définit la notion d’âge d’or comme étant « du fait de son nom, étroitement liée à la question du temps, mais également à celle d’un lieu (physique ou imaginaire) ». Il s’agit plus fréquemment « d’une période passée depuis longtemps ». (NIEMEYER, 2016, p. 19)

Dans la série précisément, nous pourrions avancer que l’âge d’or se situe « avant la Première Guerre Mondiale » soit précisément au temps du nomadisme symbolisé esthétiquement par des camps nomades.

La mélancolie 

 Paul Ricoeur définit pour sa part la mélancolie comme « à jamais cette figure penchée, pensive. Fatigue ? Chagrin ? Tristesse ? Méditation ? La question revient : posture déclinante de la maladie ou du génie réfléchissant ? » (RICOEUR, 2000, pp. 91-92).

Philibert Secretan dans son article relatif principalement à la notion de l’oubli chez Ricoeur mentionne que pour lui « Le travail de remémoration ne va pas sans le travail de deuil par lequel nous nous détachons des objets perdus de l’amour et de la haine… Mais le travail de deuil ne va pas sans chute dans la mélancolie, que l’on peut décrire comme un trouble de la mémoire de soi, comme  » le creux du sentiment du soi perdu  » » (SECRETAN, 2001, p. 87).

En outre, le mot anglais « mélancholy », à la différence du français, a, selon Jean Clair,conservé son sens originel et pluriel, notamment sa dimension de violence, qui peut parfois mener au désespoir et au meurtre (LEGRAND, 2005, p. 14).

IV.        Méthodologie

Nous avons voulu, au travers des scènes choisies dans les quatre premières saisons de la série, analyser la manière avec laquelle Thomas Shelby, leader de son clan, vit avec la nostalgie d’avant la Première Guerre mondiale et la mélancolie dont il souffre.

Deux grilles d’analyses ont été produites :

L’une a pour but d’étudier le personnage principal, Tommy Shelby, victime d’abattement, en proie aux terreurs de la Première Guerre lors de flashbacks douloureux évoquant les combats auxquels il a participé.

L’autre s’intéresse aux scènes de la série qui évoquent la manière dont s’exprime la nostalgie du nomadisme, assimilée à un certain âge d’or au cours duquel « tout était mieux avant ».

Les deux grilles d’analyse sémiotique sur lesquelles nous nous sommes basés pour la rédaction de cet article abordent les deux thèmes suivants :

Thème 1 : Esthétique de l’image

  • Description factuelle des scènes ;
  • Eléments visuels reprenant la narration.

Thème 2 : Dialogues exprimés par les personnages reprenant des éléments politiques et sociaux.

Cette approche a pour but de mettre en évidence deux concepts :

  • Concept 1 : La mélancolie : 

Soit un sentiment de tristesse profonde au travers d’une figure penchée et pensive pour qui le travail de remémoration ne va pas sans la chute dans mélancolie. Le concept de melancholy, en anglais s’entend aussi au travers d’une dimension de violence, qui peut parfois mener au désespoir et au meurtre.

  • Concept 2 : La nostalgie :

Le retour (même imaginaire) vers l’âge d’or adoré du nomadisme d’avant la Première Guerre mondiale et la sédentarisation.

Les deux grilles ont pour but d’étudier les concepts sur base de l’analyse de la personnalité de Tommy Shelby, leader du clan Peaky, victime de remémorations douloureuses ainsi que le contexte des scènes de la série qui évoquent la nostalgie du nomadisme, les deux concepts étant immanquablement liés à la période d’avant la Première Guerre Mondiale.

 

V.          Analyse des résultats :

  • Analyse de la mélancolie du personnage de Tommy Shelby

L’acteur Cillian Murphy joue le rôle d’un Tommy majestueux, au visage impassible et méditatif, empreint de noirceur. Tout au long des quatre premiers épisodes de la série, le personnage de Tommy se bat sur un nouveau champ de bataille : celui d’une guerre dont il n’est jamais revenu. En effet, son combat intérieur est de tenter d’annihiler la mélancolie qui l’accable.

C’est aussi bien grâce à la violence et les nombreux délits qu’il commet qu’au travers de son quotidien dans l’univers de l’industrie que Tommy tente d’ « oublier » son passé et d’accéder à la réussite sociale.

Réussite sociale que Richard Hoggaert, cité par Marion Fontaine, dénomme « transfuge de classe » soit « ceux qui passent au cours de leur vie d’un monde social à un autre » en permettant dès lors de « penser la culture au sens large des classes populaires, et la relation de ces dernières aux dominants » (FONTAINE, 2017, pp. 159-182).

Le décor du Birmingham industriel, fait écho à la société capitaliste émergente du début du XXesiècle. Les usines et la modernité mises en avant laissent moins de place aux traditions ancestrales et particulièrement à celles, des peuples du voyage.

La musique crée également une atmosphère mélancolique notamment une bande-son rock qui se mélange aux battements de cœur de Tommy Shelby pour souligner l’aspect contextuel tourmenté du personnage d’ange déchu[4]. (DURER, 1514).

Les cicatrices du trauma de la guerre sont psychologiques et elles sont fortement présentes dans la série. Tommy tente, par l’opium notamment, d’annihiler son traumatisme, ses cauchemars et d’éloigner ses souvenirs.

Ainsi, par exemple, dans l’épisode 3 de la saison 1, on assiste, dans un semi-sommeil ou état de transe de Tommy dû à l’opium, à une remémoration extrêmement violente des combats lors desquels il était tunnelier[5]. Dans cette scène, après son réveil, Tommy raconte son histoire à Danny, son compagnon. Le mur de la chambre prend alors la place du mur du tunnel. L’évocation se déroule en alternance de travellings se rapprochant de Tommy et du mur, le bruit des pioches et des gravats augmentant progressivement.

D’autres scènes marquent le traumamiste post Première Guerre que Tommy tente d’éloigner également avec l’alcool. Par exemple, dans l’épisode 6 de la saison 4, Tommy explique à sa secrétaire que s’il parle seul, elle ne doit pas s’inquiéter, c’est «juste un débat entre moi et moi, à propos de moi ».

Page 8 - 1 Secretaire

Outre les conséquences du traumatisme de la guerre qui constitue le point de rupture avec « la vie d’avant », le personnage de Tommy Shelby est victime de sentiments complexes comme le deuil mélancolique d’un impossible retour à sa vie d’avant.

Dans l’épisode 3 de la saison 4, Tommy voit, de l’autre coté d’une rivière, la nature qui, elle, semble pouvoir conserver ses droits. Cette vision et ce lieu lui rappellent sa vie passée. Il explique alors à Lizzie, son assistante, que cette nature « folle » lui évoque son passé d’avant guerre et son ancienne bien aimée. Lizzie lui demande alors si, lorsque Tommy l’embrasse, ce n’est pas plutôt à « la fille d’avant la France » qu’il pense.

Page 8 - 3 Lizzie

Malgré cette nostalgie et la mélancolie de son passé, Tommy tente de se tourner vers l’avenir. Parce qu’il avait promis à quelqu’un de changer le monde, il demande à Lizzie d’augmenter de 25% les dons de ses sociétés à des œuvres caritatives et de créer deux nouveaux instituts pour les jeunes déshérités.

Un autre acte « tourné vers le futur » est la conception d’un enfant avec Lizzie. Néanmoins, même dans cet événement empreint d’espérance, Tommy combat son passé et la perte irrémédiable de sa bien aimée. Cette envie de construire le futur marqué par les traces du passé est étudié dans la littérature par Svetlana Boym (2001, pp. 16-30)pour qui la nostalgie, souvent liée uniquement au passé, peut avoir aussi une portée rétroactive ou prospective.

Pour sortir de cette mélancolie, c’est donc le deuil du passé qui pourrait être une solution. Déjà en 1915, Sigmund Freud, dans son article « Deuil et Mélancolie » mettait en évidence l’issue qu’est le deuil. (2004)

Ainsi, au fur et à mesure de la série, Tommy tentera de faire le deuil de son passé pour guérir de sa mélancolie. Comme le mentionne Benhaïm, « Freud garde l’espoir, comme il l’écrira dans « Passagèreté » , d’un deuil qui en élaborant la perte, conduirait à un réinvestissement de nouveaux objets culturels ; on pourrait alors reconstruire tout à neuf, peut-être sur des fondements plus solides et plus durables » (BENHAÏM, 2007, pp. 177-183).

Grâce à ces différents exemples, nous pouvons constater que Tommy tente d’oublier son passé (à travers l’alcool et l’opium) et souhaite se tourner vers l’avenir pour faire son deuil. Il est à souligner que malgré ses efforts pour vivre sa nouvelle vie, dans une classe sociale qu’il lui apparaît comme meilleure, son passé le rend mélancolique.

  • Analyse du nomadisme et de la nostalgie véhiculée

Le prix de l’ascension sociale de Tommy et de son clan est celui de la sédentarisation. En effet, pour vivre leur nouvelle vie, les Peaky Blinders  ont dû quitter le monde du voyage, symbolisé par les roulottes.

Plusieurs exemples, nous montrent que malgré cette nouvelle vie qui les amènent à s’élever socialement, ils rêvent encore au nomadisme d’antan.

Dans l’épisode 2 de la Saison 1, c’est dans le décor d’un campement avec des roulottes que Tommy et Arthur, son frère, vêtus en dandys de pied en cap, négocient l’acquisition d’un cheval auprès d’une autre famille de gens du voyage.

Les dialogues entre les deux familles montrent la différence « sociale » entre les Shelby et l’autre clan, les Lee. Malgré leur ascension sociale affichée par leurs vêtements de haute facture et leur nouvelle vie de sédentaires, les Shelby utilisent encore des procédés traditionnels, comme le tirage au sort, pour l’achat d’un cheval.

Page 10 - 2 Mariage

Un autre exemple de la nostalgie des Shelby pour le monde du voyage est celui du mariage de John Shelby avec Esmé, fille de la famille Lee dans l’épisode 4 de la saison 1. Le lieu pour le mariage est le campement des Lee où les roulottes sont décorées pour la fête.

Au point de vue esthétique, l’accent principal de ces deux scènes est mis sur le campement mais pour une autre scène de funérailles, l’arrière plan laisse entrevoir une industrie ainsi qu’un châssis à molette. Ce mélange montre à la fois la vie passée de nomades (empreinte de traditions et de liberté) et leur vie actuelle dans une société industrielle émergente (moderne et sédentaire).

Page 11 - 1

Ces exemples mettent en évidence le regret du passé « nomade » de la famille Shelby. Cette famille qui tente maintenant de vivre de façon sédentaire en accédant à sa manière à une catégorie sociale plus élevée. Tommy et sa famille éprouvent néanmoins la nostalgie des traditions et de la liberté quand ils se retrouvent au contact d’autres clans encore nomades.

VI.        Conclusion

Le retour d’après la Première Guerre mondiale a laissé des traces dans la famille Shelby. A travers de l’analyse du personnage de Tommy, leader du clan, nous voyons la mélancolie de sa vie « d’avant guerre », celle où il n’avait pas encore vécu toutes les situations traumatisantes liées à la guerre et où sa bien aimée était encore en vie. Bien qu’il essaie d’ « oublier » dans l’opium et l’alcool, les souvenirs refont surface dans ses rêves. Il tente de se tourner vers l’avenir et de vivre sa nouvelle situation au sein des usines qu’il dirige dans une société industrielle émergente ainsi que comme futur père d’un autre enfant.

La famille Shelby, maintenant sédentaire, vit donc dans de grandes maisons. Elle porte des vêtements luxueux même si, tout comme les dandys, elle rejette les valeurs bourgeoises. Ce rejet de la bourgeoisie rappelle d’ailleurs le rejet des gens du voyage pour les classes dites « plus élevées ».

La force esthétique de la série nous révèle, une famille de bohémiens, gitans, quelque soit la dénomination qu’on veut leur attribuer, qui déstabilise la société de son temps et ses contemporains, à l’instar du mode de vie dandy.

Comme le bohémien, le dandy s’avère donc inclassable et indéfinissable comme nous le définit Daniel Salvatore Schiffer, dans son « Manifeste Dandy » : « Cette aura de mystère dont est entouré le dandy, et qui le fait apparaître aux yeux d’autrui comme un être secret, se voit accentuée par le difficile rapport qu’il entretient, la plupart du temps avec la société ». (SCHIFFER, 2012, p. 145)

Les Shelby sont inclassables et indéfinissables.

Malgré un transfert de classe (passé du mode nomade au mode sédentaire  et de la vie de gitans à celle notamment de gestionnaire d’usines d’acier), Tommy Shelby a un coté « dandy » qui montre sans doute également la nostalgie de sa vie d’avant guerre.

Grâce à l’analyse (esthétique de l’image et dialogues exprimés entre les personnages), d’une part de scènes basées sur le personnage de Thomas Shelby souffrant de mélancolie et, d’autre part, de scènes décrivant la nostalgie de l’âge d’or du nomadisme, nous avons pu mettre en avant que le fait de passer au-delà des frontières sociales ne se fait pas sans conséquences, particulièrement dans le contexte de période de l’entre deux guerres que dépeint la série.

Steven Knight, concepteur de la série, natif de Birmingham, a beaucoup entendu parler dans son enfance par ses parents. Il ne s’en cache pas : la série représente pour lui la réincarnation d’une époque passée, qu’il n’a pas connue. Knight recrée ainsi son propre espace de projection familiale personnelle par le biais de la fiction et s’offre grâce aux Peaky, sa propre matérialisation d’un passé imaginaire. (BBC2, 2018)

En choisissant le catalyseur culturel d’une famille de gens du voyage, dès lors de tradition mémorielle essentiellement orale, Knight négocie, par ce biais, une prise de distance certaine avec sa propre mémoire familiale.

Le dandysme est un soleil couchant ; comme l’astre qui décline, il est superbe, sans chaleur et plein de mélancolie » (SCHIFFER, 2012).

Bibliographie

BBC2. (2018). Peaky Blinders : An epic gangster drama starring Cillian Murphy, Sam Neill and Helen McCrory on BBC Two. http://www.bbc.co.uk/mediacentre/mediapacks/peakyblinders/steven-knight . England.

BENHAÏM, D. (2007). Freud et la question de la guerre. Topique, 2007/2 (n° 99) , pp. 177-183.

BOYM, S. (2001). The Future of nostalgia. New York: Basic Books.

DURER, A. Melancolia I. http://217.16.2.169/musee/conde02/voir.xsp?id=00101-316&qid=sdx_q2&n=6&e=. Musée Condé, Chantilly.

FEVRY, S. (2017). Of Time and the City de Terence Davies. Nostalgie de la mémoire ouvrière et introspection sociologique à l’écran. Cinergie 8. Il cinema e le altre arti.

FONTAINE, M. (2017). Une quête sans cesse renouvelée. Culture ouvrière et politique au prisme de Richard Hoggart », Mil neuf cent. Revue d’histoire intellectuelle, 2017/1 (n° 35) , pp. 159-182.

FREUD, S. (2004). « Deuil et mélancolie. Extrait de Métapsychologie ». Sociétés, 2004/4 , pp. 7-19.

KNIGHT, S. (2018). https://www.bbc.co.uk/programmes/b045fz8r. Consulté le 06 06, 2018

LEGRAND, F. (2005). La mélancolie à l’oeuvre. Mélancolie, Génie et folie en occident. Connaissance des Arts N°261 , p. 14.

LONG, P. (2017). Class, Place and History in the Imaginative Landscapes of Peaky Blinders. In: Forrest D., Johnson B. (eds) Social Class and Television Drama in Contemporary Britain. . London: Palgrave Macmillan.

Museum, W. M. (s.d.). http://www.westmidlandspolicemuseum.co.uk/. Consulté le juin 6, 2018, sur http://www.westmidlandspolicemuseum.co.uk/

NIEMEYER, K. (2016). Désigner l’âge d’or : médias et nostalgies d’un espace et d’un temps (a)dorés. Le Temps des médias n° 27 , pp. 19-22.

RICOEUR, P. (2000). La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli. L’Ordre phylosophique. Paris: Seuil.

SCHIFFER, D. S. (2012). Manifeste Dandy. François Bourin.

SECRETAN, P. (2001). Paul Ricœur : de l’oubli. Autres Temps. Cahiers d’éthique sociale et politique. N°72 , pp. 82-90.

Notes de bas de page

[1]En Anglais « Birmingham-born Knight has complained of ‘a big black hole in the middle of the country as far as TV production goes‘ (Quoted in Laws, 2014), a structural absence marked in the lack of address to the dramatic possibilities of city and region ».

[2]Documentaire de Terence Davies réalisé là dans le Liverpool de 2008.

[3]Soit avant qu’il parte combattre en France.

[4]En référence à la célèbre gravure d’Albrecht Dürer, Melancolia I (1554).

[5]Les tunneliers étaient des soldats qui travaillaient sous terre, dans des galeries étroites creusées en direction de la ligne ennemie. Pour mieux comprendre,  voir l’article de Jacques Alain, « Vies souterraines à Arras : le quotidien des soldats du Commonwealth », Corps, 2014/1 (N° 12), p. 59-68. DOI : 10.3917/corp1.012.0059.

 

 

 

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