Wonder Woman : une « renaissance » du mythe de l’Amazone

Par Émilie Zaoré-Vanié

Présentation
Émilie Zaoré-Vanié est étudiante à la maîtrise en communication. Après des études en télévision et en journalisme, elle travaille dans le milieu des médias depuis 2011. Elle est aussi cofondatrice du blogue Veda Magazine. Ses intérêts de recherche touchent l’image corporelle, la culture populaire, les études féministes et le domaine de la santé.

 

Résumé
75 ans après sa création, le superhéros féminin Wonder Woman obtient finalement son premier long métrage au cinéma. Les bandes dessinées, la série télévisée et les dessins animés ont connu un grand succès, mais pourquoi attendre aussi longtemps avant de transposer son histoire au cinéma ? En établissant la généalogie visuelle du personnage, jusqu’à une scène du long métrage Wonder Woman intitulée « No Man’s Land », l’article vise à démontrer en quoi le contexte socio-culturel, d’un point de vue féministe, a favorisé une «  renaissance  » de Wonder Woman. La figure de l’Amazone sert ici de continuité pour faire de Wonder Woman un mythe moderne qui entre en cohérence avec le contexte actuel.

 

Introduction
« Wonder Woman a été conçue par le Dr. Marston afin de promouvoir la norme d’une femme forte, libre et courageuse  chez les jeunes, combattre l’idée que les femmes sont inférieures aux hommes et inspirer les jeunes filles vers la confiance en soi et la réussite dans les sports, le milieu professionnel et les professions monopolisées par les hommes, car le seul espoir de la civilisation est la liberté, le développement et l’égalité des femmes dans tous les domaines de l’activité humaine  » (Lepore 2014, ma traduction). C’est ce qu’on pouvait lire dans le communiqué de presse de DC Comics en 1941 alors que la compagnie annonçait l’arrivée d’un nouveau personnage, un superhéros féminin : Wonder Woman.

En plus d’apparaître dans les albums de bande dessinée pendant des décennies, Wonder Wonder a aussi fait l’objet d’une série télévisée de 1975 à 1979. En 2016, interprétée par l’actrice et mannequin isréalienne Gal Gadot, Wonder Woman apparaît au grand écran comme adjuvant dans le long métrage de Zack Snyder Batman vs Superman. La même année, le personnage, bien que fictif, est nommé ambassadrice de l’Organisation des Nations Unies. La nomination est annulée après que les employés de l’ONU aient manifesté leurs réserves autour de la «  candidate  », en raison de son caractère hyper sexualisé (Bourreau, 2016). C’est finalement en 2017 qu’Hollywood produit Wonder Woman, réalisé par Patty Jenkins. Il s’agit de la première adaptation cinématographique consacrée au personnage, plus de 75 ans après sa création. Le film s’est retrouvé en tête du box-office et dépasse les 100 millions de dollars aux États-Unis dès son premier week-end en salle, un record à Hollywood pour un film réalisé par une femme (Le Monde, 2017). Quelques mois plus tard, Professor Marston and the Wonder Women, prend l’affiche. Angela Robinson signe le scénario et la réalisation de ce film biographique sur Professeur William Moulton Marston, le créateur de Wonder Woman.

Cet engouement pour le superhéros Wonder Woman et son histoire était déjà présent lors de sa création dans les années 1940 (Finn, 2014), mais dans les deux dernières années, il semble qu’un retour de la Princesse des Amazones était attendu. Pourquoi cet engouement, chez le public et l’industrie cinématographique hollywoodienne est-il aussi présent après trois quarts de siècle ? Le film de Patty Jenkins fait place un archétype féminin beaucoup plus ancien qui semble vouloir se frayer un chemin à notre époque, pour ne pas dire « défoncer des portes ».

 

Problématique
Dans le cadre de mon mémoire, j’ai choisi de me pencher sur la représentation du fitness féminin sur les réseaux socionumériques visuels  comme Instagram, Pinterest et Youtube. Dans les observations et recherches préliminaires que j’ai réalisées, j’ai remarqué la présence récurrente d’images et de mentions de ce superhéros féminin de DC Comics, ce qui a suscité mon intérêt.

Lorsque j’ai visionné le film Wonder Woman en juin 2017, plusieurs questions et réflexions similaires à celles que j’avais entamées pour mon projet de mémoire sont apparues : dans quelles mesures cette volonté de représenter la force physique des femmes a-t-elle quelque chose de féministe ou d’émancipateur, ou non ? Quels sont les éléments et les signes visuels utilisés pour représenter la force des femmes et sont-ils cohérents avec le discours qui l’entoure ? La représentation du corps devient ici le média pour transmettre des codes et des valeurs qui se nouent à la place de la femme en société.

En établissant la généalogie visuelle de Wonder Woman, de sa première apparition dans une bande dessinée à la scène intitulée No Man’s Land dans le long-métrage de Patty Jenkins, je vais démontrer comment le contexte socio-culturel d’un point de vue féministe a favorisé une «  renaissance  » de Wonder Woman. Cette représentation est-elle vraiment «  nouvelle  » ?

 Qu’on parle de proportions, de postures, de vêtements, l’apparence du personnage de Wonder Woman est imprégnée de significations diverses. Mais lesquelles ont traversé le temps jusqu’à aujourd’hui ? Lesquels ont changé et dans quelle mesure ? La figure de l’Amazone, présente dans la mythologie gréco-romaine, mais aussi chez Wonder Woman et même chez les femmes du monde du fitness semble récurrente. Elle semble refléter, avec des vestiges du passé et la présence d’une vision contemporaine, une utopie d’égalité entre femmes et hommes, voire de supériorité des femmes qui perdure et qui se réitère.

Gal gadot WW

Wonder Woman (2017)

De la mythification, du rétro et du vintage au féminisme : approcher théoriquement Wonder Woman

La mythification
Mon analyse va s’appuyer sur différents travaux autour de la mythification du personnage. Si Wonder Woman est empreinte de signes de la mythologie gréco-romaine (Darowski et Rush 2014, Kohl 2014), elle prend aussi sa place comme mythe moderne tel que décrit par Roland Barthes (Barthes, 1957). Le concept de l’héroïcité féminine explicitée par Loïse Bilat et Gianni Haver dans Le héros est une femme (2011), ainsi que la figure de la «  nouvelle Amazone  » de Paul R. Kohl dans Wonder Woman’s Lib  : Feminism and the New Amazone (2014), viennent aussi appuyer la transformation du mythe ancien à un mythe moderne. Ces concepts ont également enrichi la grille d’analyse filmique par rapport au costume. Pour discuter des résultats, je m’appuie également sur le mythe de l’Amazone tel que décrit par Moïra Sauvage dans Guerrière! (2012). À travers ce processus de mythification, le superhéros féminin est devenu l’une des représentations les plus célèbres de la force physique des femmes dans la culture occidentale.

Le rétro et le vintage
Les recherches autour des notions de rétro et de vintage (Guffey 2006, Jenss 2004, Grainge 2002, Niemeyer, 2015 et 2016) mettront en lumière les éléments esthétiques nostalgiques de la représentation visuelle du personnage. La Wonder Woman de Gal Gadot et de Patty Jenkins s’inscrit dans une forme rétro, puisqu’on est devant un costume inspiré du passé à plusieurs niveaux : le vêtement est inspiré des versions antérieures de Wonder Woman, mais il y a aussi une tentative de montrer aurait pu être l’armure d’une Amazone de l’Antiquité grecque si elle débarquait au 20e siècle, tout en restant une construction du présent. Nous verrons aussi que la représentation du personnage s’inscrit dans le phénomène du vintage. Elle a traversé plusieurs décennies et elle a accumulé les marques du temps : son apparence s’est transformé, mais la figure d’héroïcité mythologique reste récurrente et dans le tout récent film de Pat Jenkins, il y a des caractéristiques qui témoignent d’une tentative d’authenticité qui a traversé les époques, malgré les ou grâce aux marques du temps: changements de dessinateur, de média, de contexte, etc.

Wonder Woman et le féminisme
Dès sa création, Wonder Woman a été associée au mouvement féministe et comme l’a mentionné son créateur, elle devait non seulement servir de modèle aux jeunes filles et aux femmes, mais aussi équilibrer la masculinité envahissante des superhéros (Finn, 2014). C’est pourquoi des travaux autour de Wonder Woman à travers le temps (Darowski et al. 2014) en dialogue avec les dernières générations du féminisme permettront de démontrer que le contexte socioculturel n’a fait que favoriser le recyclage d’un mythe moderne, qui n’est finalement pas si moderne. Nous verrons que le film Wonder Woman n’est pas qu’une simple adaptation de nostalgie régressive d’une bande dessinée, mais elle relève d’une nostalgie qui navigue entre régression et créativité.

 

Analyser la généalogie de Wonder Woman
La généalogie de Wonder Woman passera tout d’abord par l’analyse sémiotique d’une scène du film de Patty Jenkins intitulée «  No man’s land  ». Cette scène est la première du long métrage où l’on présente Wonder Woman en tant que superhéros, et cela passe par la révélation du corps et du costume iconique qui orne ce corps. Le costume est montré dans l’introduction, mais c’est la première fois qu’on le voit sur le corps de la protagoniste en action et les choix de réalisation, de direction artistique et de photographique soulignent l’importance de ce moment. Une grille d’analyse autour des éléments costume, inspirée par la littérature sur la mythification, a été construite puis analysée à travers des critères de colorisation, de l’échelle des plans et du rythme du montage. je m’attarde aussi à analyser quelques lignes du discours présent dans les dialogues-clés qui font partie de la scène. Cette démarche permet de lier le contenu au contexte socio-culturel.

Mon analyse comporte aussi des références à une autre scène du film, soit l’essayage de vêtements que «  subit  » le personnage de Diana (Wonder Woman). Dans cette scène, le rapport au corps et au vêtement vient encore une fois appuyer les valeurs associées à la figure de l’Amazone, transposée non seulement à l’époque où se déroule l’histoire, mais aussi à la nôtre. Dans le but de comprendre l’évolution visuelle du personnage, l’analyse de la scène sera aussi ponctuée de comparaisons avec les représentations de Wonder Woman à différentes époques et dans différents médias : du premier album de DC Comics en 1941, qui raconte la même histoire que l’œuvre au cœur de mon analyse, ainsi qu’aux bandes dessinées qui ont suivi et à la série télévisée de 1975. La dernière partie de l’article se concentre sur le choix de l’actrice Gal Gadot. S’intéresser à l’interprète du personnage de l’Amazone permett d’explorer le contexte de production, à travers le discours de Gadot, mais aussi sur celle-ci. L’actrice choisie vient incarner une Wonder Woman ‘en dehors’ du film. Une analyse du discours des articles autour d’une entrevue de Gal Gadot dans le magazine Rolling Stone met en lumière le caractère politique de la figure de l’Amazone aujourd’hui.

 

Guerre, femmes et renaissance


C’est en décembre 1941, le même mois où les États-Unis se joignent à la Seconde Guerre mondiale, qu’est dévoilée Wonder Woman dans un communiqué de presse (Finn, 2014). Le personnage a donc été créé et révélé au public dans un contexte particulier : les Américaines étant appelées à participer à l’effort de guerre non pas sur le champ de bataille en tant que soldat, mais bien « à la maison », au pays, dans les usines d’armement. Dans ses premières aventures, le superhéros féminin prend d’ailleurs part à cet effort de guerre, mais sur le terrain. Dans un contexte où les rôles entre les sexes commencent à dépasser les limites traditionnelles, où l’amélioration des droits et de la condition des femmes commence doucement à se dessiner, règne aussi une «  anxiété  » autour de ce brouillage des rôles traditionnels  des hommes et des femmes. Alors qu’on ne parlait pas encore de « genre  » en tant que construit social, l’acquisition d’un travail d’ «  homme  » en usine par une femme était reliée à l’acquisition de caractéristiques masculines, sur tous les plans (Knaff, 2014). Nous verrons que Wonder Woman, autant en bande dessinée de 1941 à aujourd’hui, tout comme en 2017 au cinéma, est un espace de « négociation  » de cette peur du brouillage des genres, comme le décrit Knaff. Alors que 2017 marque le centenaire de la Première Guerre mondiale, c’est encore une fois dans un contexte et un décor de guerre que se déroule la scène «  No Man’s Land  » du long métrage Wonder Woman, scène qui marque la présentation du personnage, la renaissance de Diana en superhéros. La production de Wonder Woman (2017) s’adonne ici à une double réécriture : non seulement ils déplacent la protagoniste créée par Marston de la Seconde à la Première Guerre mondiale, mais ils s’approprient également un événement historique important pour y faire intervenir un personnage fictif qui changera le cours de l’histoire. D’emblée, le choix et la représentation du décor traduisent une forme de rétro  (Jenss, 2004): des éléments viennent cristalliser l’univers des batailles des tranchées telles qu’imaginées par Hollywood, dans une approche réaliste imitant les images d’archive de l’époque. Cela passe particulièrement par la direction photographique et la direction artistique. Des plans d’ensemble et de semi-ensemble exposent les débris de bâtiments et d’arbres morts. Un ciel nuageux et un filtre d’un bleu grisâtre viennent cristalliser la tristesse et la morosité du contexte. Le décor, comme la présentation des personnages masculins qui se confondent dans ce décor avec leurs vêtements sombres et ternes et dans un design propre à l’époque, est aussi une réécriture du passé qui vise à rester ‘réaliste’. 


Avec le personnage de Diana (Wonder Woman), nous verrons que les créateurs du film effectuent simultanément une relecture symbolique la scène : ils y placent une femme au destin exceptionnel, comme Dr Marston l’a fait en 1941. Une princesse Amazone traverse donc le champ de bataille pour venir en aide à l’humanité. La scène en soi témoigne aussi d’une forme fictionnelle du rétro (Jenss, 2004) qui s’exprime tout le long du film : si une Amazone aux pouvoirs surnaturels traversait une tranchée de la Première Guerre mondiale, comment cela aurait pu se passer ?

 

No woman’s land 

Tout le long de la scène « No Man’s Land », dans sa double signification, nous verrons donc ce dialogue entre la réécriture réaliste et réécriture symbolique. L’action principale, soit la renaissance de Diana en Wonder Woman qui remplit sa première mission de superhéros, est déclenchée par un court dialogue autour de l’expression «  No Man’s Land  ». Alors que la scène s’ouvre sur les ruines d’un champ, Diana s’obstine à vouloir traverser la tranchée pour aller délivrer un village situé de l’autre côté. Son allié Steve, collé à l’approche réaliste, explique la définition du No Man’s Land  : «  This is No man’s Land, Diana!  It means no man’s can cross it, alright ? ». Le fait que la renaissance de Diana débute après ce dialogue n’est pas anodin: le décor est peut-être un «  No man’s land  », mais ce n’est pas un «  No woman’s land  ». Le personnage de Diana appartenant à la réécriture « symbolique », répondra par l’action et sortira de la tranchée pour affronter le camp ennemi. À travers le discours du personnage masculin et la réaction contestataire du personnage féminin (Diana), nous pouvons y lire un commentaire quant à la place de la femme en société : les femmes peuvent changer le cours de l’histoire, là où les hommes échouent ou ont échoué. Diana va renaître en Wonder Woman, une renaissance qui s’opère par la présentation de son costume iconique, mais aussi par la mise en scène et l’esthétique épiques qui appuient l’héroïcité mythique du personnage. La renaissance commence avec la mise en valeur d’un symbole de « féminité  »  : Diana libère sa longue chevelure en cascade pour y installer sa tiare, un court plan où le ralenti et un travelling circulaire appuient son geste qui se rapproche d’une publicité de shampoing stéréotypée. Cette première étape de sa transformation souligne une marque de féminité, mais nous verrons que c’est aussi une marque de libération et d’émancipation pour le personnage. Cette contradiction « entre le visuel et le récit » étant propre aux héros féminins  « leur apparence ultra féminisée n’a aucun lien avec les armes qu’elles déploient pour affronter leurs ennemis  » (Bilat et Haver, 2011, p.36).

Un enchaînement de gros plans révélant différents éléments du costume suit cette libération de la chevelure. Le montage guide les spectateurs.trices dans l’ascension du personnage, ascension hors de la tranchée, mais aussi dans le monde militaire. Ce montage est plus qu’un effet de suspense : le bouclier est littéralement « dévoilé  », alors que la cape de Diana tombe comme un rideau qui ouvre la première scène. Les armes de Wonder Woman sont ensuite montrées l’une après l’autre.  Le célèbre « lasso de la vérité » qui a traversé le temps et qui apparaît dans la plupart des versions du personnage. Bien que Wonder Woman n’utilisera pas cette arme dans la scène, le lasso enroulé et accroché à la ceinture est mis en valeur par une luminosité dorée qui vient contraster avec l’arrière-plan très sombre. Bien miroitants, les bracelets anti-balles sont aussi magnifiés par la direction photographique. C’est un autre élément mythique du costume qui a traversé le temps. Bien que cette courte séquence soit un enchaînement d’images d’armes, le spectateur peut tout de même deviner le bleu, le rouge et le doré iconiques du costume. L’utilisation généreuse du ralenti permet non seulement d’insister sur les éléments guerriers, mais elle permet aussi la mise en valeur de la renaissance du personnage en grande guerrière, elle vit SON moment. Le ralenti appuie aussi l’idée que Diana appartient à une réécriture symbolique, qu’elle est un mythe, puisque les autres personnages (masculins) vivent « en temps réel ». L’alternance entre le ralenti et le rythme réel nous montre que Diana et les spectatrices et spectateurs sont dans une réalité « plus fictive  » que les personnages masculins. Le caractère singulier de Wonder Woman par rapport aux autres personnages : il n’y a pratiquement pas de plans subjectifs dans la scène. Le spectateur suit la protagoniste dans son ascension hors de la tranchée, mais aussi dans le monde militaire, comme s’il n’y avait pas de possibilité de se mettre à sa place. Cette ascension montre le double effet du Woman’s land…elle s’approprie le No man’s land physiquement en menant la bataille pour l’humanité et pour les femmes, mais le caractère magnifié et fictionnel ramène les spectatrices et spectateurs à savoir que cet effet de réel n’est qu’une illusion d’une émancipation manquante au début du 20ème siècle.

 

Incarnation de valeurs nationales américaines ?

La renaissance du personnage passe aussi par une réécriture des signes patriotiques américains. Dans son essai William Martson’s Feminist Agenda, Michelle R. Finn met en comparaison la Wonder Woman du Professeur Marston (1941) et un autre symbole de patriotisme américain lors de la Seconde Guerre mondiale : Rosie the Riveter (Bilat, 2012 ; Finn, 2014). Bien que les deux personnages féminins soient des mythes construits en contexte de guerre, Wonder Woman prend littéralement place sur le champ de bataille et occupe l’espace dans sa traversée de la tranchée. Elle n’est pas «  la femme derrière l’homme derrière le fusil  » (Finn, 2014) comme Rosie the Riveter (c.f. Figure 1).

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Figure 1: Affiche publicitaire Betty The Riveter, 1943

Finn soulève l’hypothèse que Wonder Woman était destinée à plus qu’une propagande épisodique comparativement à sa contemporaine à la chemise bleue qui, comme les femmes ayant travaillé dans les usines d’armements, sont retournées à leur rôle traditionnel au foyer. Selon l’auteure, le fait que DC Comics ait mentionné dans son communiqué de presse que la bande dessinée Wonder Woman était destinée aux enfants, qui ne participent pas directement à l’effort de guerre, est un indice qu’on voulait la faire traverser les époques, qu’elle se collerait davantage au féminisme qu’au patriotisme. La réécriture du costume chez la Wonder Woman de Patty Jenkins en 2017 entre ici en cohérence avec l’hypothèse de Finn. Le patriotisme est complètement revisité dans le design du costume. Les couleurs de base, le rouge, le bleu et le doré, sont encore présentes, mais beaucoup moins éclatantes que dans la bande dessinée originale, ce qui éloigne déjà les ressemblances avec le drapeau américain. La robe, qui s’est transformée en combinaison puis en armure au cours des décennies, a été dépouillée de ses étoiles tout comme les bracelets et la tiare. Il y a encore une fois une volonté de s’éloigner du drapeau américain. Le tout est remplacé par une robe armure d’inspiration gréco-romaine. L’aigle américain qui ornait un décolleté timide pendant les premières décennies d’existence de Wonder Woman est remplacé par une décoration plutôt neutre. Le costume a donc perdu ses symboles évidents des États-Unis. Sans affirmer que le patriotisme est absent du film, les changements de design nous indiquent que le costume est plus de l’ordre d’une armure de soldat grec. La seconde partie de l’analyse montre qu’il y a bien des convergences vers «  l’agenda féministe de Marston  », tel que décrit par Finn dans son essai.

 

De Superhéros à guerrière 


Cette déviation des signes patriotiques américains laisse donc place à une réécriture du personnage. En 2017, le costume n’est plus de l’ordre du superhéros, mais plutôt du guerrier, teinté de la mythologie et des designs de la Grèce antique. (c.f Figure 2)

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Figure 2. Source : Wonder Woman (2017)

Il est intéressant de noter que dans l’évolution du personnage de bande dessinée, le costume a généralement suivi les tendances mode des époques. De la petite robe avec jupe aux genoux, nous sommes passés à une combinaison avec un short de la même longueur. Au fil des décennies, le short s’est raccourci jusqu’à un hot short dans les années 1970. Si nous nous rapprochons de la combinaison d’aérobie dans les années 1980, c’est à la fin de cette décennie que l’on voit apparaître le costume « guerrier » un peu plus masculin dans la bande dessinée, comme c’était la tendance dans l’univers des comics. Pour Wonder Woman, cela implique la présence de nouvelles armes, comme le bouclier et l’épée, mais aussi une augmentation de la musculature. (Dockterman, 2016)

Dans la scène « No Man’s Land », c’est lorsque Diana, devenue Wonder Woman, marche dans le champ de bataille que le « nouveau  » costume est dévoilé en entier. Comme pour son moment de « renaissance », l’utilisation du ralenti vient encore une fois magnifier sa marche héroïque. Si la chevelure au vent vient souligner le caractère féminin du personnage, mais l’esthétique du costume soulève une masculinité récupérée du passé : le bustier et la jupe tiennent davantage de l’armure des soldats grecs (cf. fig.3).

Figure 3Figure 3. Source : Archaeological Museum, Athènes,Photo : Giovanni Dall’Orto, 2009

On peut soulever les textures de cuir et les couleurs beaucoup moins saturées qui s’éloignent de la chromatique « glamour » des versions antérieures de Wonder Woman, particulièrement celle de la série télévisée de 1975 avec Lynda Carter où la paillette et les couleurs vives sont mises en valeur. Les bracelets anti-balles ne relèvent plus de l’accessoire mode, mais sont montrés comme une continuité de l’armure, imposants et métalliques mis en valeur par les effets de reflet de la direction-photo. Le même principe de « masculinisation » s’applique aussi aux bottes qui ont remplacé les sandales délicates et les bottes western des Wonder Woman antérieures (cf. fig.4).

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Figure 4. Source : DC Comics Data base

Cette réécriture à la fois du personnage et des costumes de l’Antiquité grecque sert aussi une valeur de fonctionnalité. Le dévoilement du costume et sa mise en action dans la scène deviennent ici un commentaire : c’est le vêtement qui doit s’adapter au mouvement et non l’inverse. Les éléments masculins intégrés servent surtout un principe de fonctionnalité puisque Wonder Woman sera en mesure d’accomplir sa destinée : les bracelets anti-balles lui permettent de bloquer les pluies de tirs, son bouclier fait rebondir les obus, mais surtout son armure lui permet de bouger et de se battre aisément. On observe un contraste entre le début de la scène où Diana court difficile sous sa longue cape et la course de Wonder Woman sur le champ de bataille, une fois que celle-ci se libère de ses vêtements. Le costume anachronique, mais fonctionnel de la guerrière lui permet de renaître et de s’accomplir. 
Ce moment fait écho à une autre scène du film autour du vêtement. Avant de prendre place dans le champ de bataille, Diana se libère littéralement de ses vêtements de femme. Le discours sur la mode féminine dans la scène de l’essayage en addition avec le dévoilement du costume dans cette scène de tranchée devient un commentaire sur la condition de la femme, un symbole du rôle du vêtement, qui peut être contraignant, mais libérateur s’il est adapté à l’action. En effet, alors qu’elle essaye des vêtements des années 1910-1920, Diana utilisera des expressions comme : «  How could a women possibly fight in this ? » pour décrire les robes et «  It’s itchy. It’s choking me » pour décrire les collets. Elle questionnera l’utilité du corset. Ici, le commentaire renvoie aux limitations que peuvent vivre les femmes quant au vêtement : les vêtements «  à la mode  » ne sont pas appropriés au combat, pour ne pas dire à la vie. Le costume guerrier et fonctionnel de Wonder Woman qui est dévoilé dans la scène «  No Man’s land  » apparaît en tant que symbole d’un corps libéré et prêt à combattre. 
L’appropriation des mythes gréco-romains va donc passer par l’esthétique du costume, mais aussi dans la façon dont on représente le corps dans la mise en scène et les poses. Libérée des contraintes des vêtements féminins de l’époque, Wonder Woman va être montrée dans la tranchée avec un regard déterminé, les épaules ouvertes. On nous révèle le héros féminin dans un plan d’ensemble qui fait contraster son costume illuminé de reflets à travers les ruines et la pluie de bombes qui ne la fait pas broncher. Comme son ascension dans la tranchée, le ralenti vient appuyer l’idée que nous sommes dans une dimension symbolique, tandis que Wonder Woman avance sur le « No Man’s Land » et bloque les balles en toute aisance avec son costume fonctionnel.

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La transition du ralenti au temps réel passe par la transition de la marche à la course : cette sublimation de l’action athlétique nous signale que la transformation s’est opérée. Wonder Woman entre ensuite dans l’action en temps réel comme les personnages masculins.

Une séquence où la protagoniste s’arrête pour bloquer les balles de mitraillette avec son bouclier, le biceps en flexion, bien solide sur ces jambes, renvoie également à une figure de combattante (c.f Figure 5).

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Figure 5. Source : Wonder Woman (2017)

Les poses «  masculines  » ont d’ailleurs été présentes dans la bande dessinée depuis les débuts de Wonder Woman. En plus du contexte de guerre, le personnage naît alors qu’une tendance de la pratique du sport dans les pays industrialisés s’est développée :

En tant qu’Amazone, d’origine mythologique grecque, WW s’inscrit totalement dans ce mouvement qui valorise à des degrés divers (…) la recherche d’un corps performant, sain ou harmonieux. En ce qui concerne plus spécifiquement la pratiquement féminine du sport (…) les disciplines pratiquées doivent s’axer beaucoup plus sur la grâce que la force brute. WW va à l’encontre de ce courant dominant, puisqu’elle prend les mêmes postures que Superman, dont celle, classique, du «  briseur de chaînes  » (Bilat, 2012 p. 250)

L’Amazone : le mythe d’un mythe

Le passé mythologique semble présenté comme une nouveauté dans son costume, mais ce recyclage était déjà bien présent dès la création du personnage (Finn, 2014; Darowski et Rush, 2014). Nous avons mentionné plus haut que c’est vers la fin des années 1980 que DC Comics a commencé à dépeindre Wonder Woman davantage comme une guerrière, armée comme un soldat de l’Antiquité. Il faut aussi noter que la bande dessinée offrait une Wonder Woman plus musclée, mais aussi beaucoup plus sexualisée, une autre tendance très présente dans l’univers des comics de l’époque qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui dans l’univers du comics (c.f Figure 6).

Figure 6. Source: DC Comics (1986 à gauche; 2015 à droite)

Les signes de masculinité sont donc constamment accompagnés de rappels de la féminité. C’est la rencontre de ces deux pôles : la force et la beauté, que se trouve la figure mythique de l’Amazone et que le personnage de Wonder Woman véhicule toujours en 2017. Les auteurs Darowski et Rush se sont intéressés plus spécifiquement à la Wonder Wonder de la dernière décennie. À partir de leur analyse, nous pouvons constater que la princesse amazone telle qu’elle est décrite dans la bande dessinée (et dans le film qui nous intéresse) est un mythe calqué sur un autre mythe. Le mythe grec initial, celui des Amazones qui auraient participé à des guerres réelles, est relié davantage à une peur patriarcale du matriarcat (Darowski et Rush, 2014), une peur qui fait aussi écho à « l’anxiété  » de la masculinisation des femmes à l’époque de la Seconde Guerre (Knaff, 2014). Les fameuses guerrières de la mythologie grecque étaient dépeintes comme des barbares, puisqu’une société menée par les femmes chez les Grecs serait synonyme de chaos (Sauvage, 2012). Le Professeur Marston, créateur de Wonder Woman, s’est approprié les Amazones (Darowski et Rush, 2014) et y a amalgamé d’autres divinités pour créer son «  superhéros féministe  », qui est aussi décrit sur le site de DC Comics comme étant la «  Princesse des amazones et déesse de la guerre  » (DC Comics, 2017). Nous pouvons rappeler rapidement que le prénom de Wonder Woman est Diana, qui correspond à l’appropriation de la déesse grecque Artémis par les Romains (Encyclopédie Universalis, 2017) et qu’il s’agit d’une divinité en charge de protéger la vie féminine, les Amazones et la nature. Marston a aussi donné des caractéristiques d’honneur au combat propre à Athéna (ou Minerve chez les Romains), déesse de la guerre et de l’honneur qui incarne la dualité du masculin et du féminin  :

Elle est double  : de sexe féminin mais vouée au jeu de la guerre qui est affaire d’homme. Refusant le mariage, elle a choisi de porter les armes et d’exercer ainsi l’activité la plus masculine.  (Encyclopédie Universalis, 2017).

L’analyse de Moïra Sauvage (Sauvage, 2012, p.86) permet aussi de comprendre les facteurs sociohistoriques qui ont contribué à la mythification de l’Amazone et à l’appropriation qu’en a faite l’Occident. Les Romains se sont appropriés le mythe ce qui explique ses liens avec l’Europe et les représentations visuelles qui ont émergé pendant la Renaissance. Elle aussi mentionne des anecdotes historiques comme la rivière Amazone en Amérique du Sud, baptisée ainsi par l’explorateur de Orellana au XVIe siècle qui y avait croisé des femmes guerrières s’opposant à son exploration. À la même époque, le terme «  amazone  » a été ajouté au dictionnaire de Furetière pour parler d’une «  femme courageuse  » . Pour Sauvage, le mythe de l’Amazone n’est ni plus ni moins qu’une métaphore de guerre des sexes (Sauvage, 2012, p.88). Elle soulève que pour d’autres auteurs, elle représente plutôt le matriarcat ou le symbole de la femme indépendante. Toutes les cultures et toutes les mythologies ont leur figure de l’Amazone (Sauvage, 2012, p.88) et Marston avait le sien, Wonder Woman. Les artisans du film Wonder Woman ont à leur tour représenté ce mythe moderne, c’est pourquoi le costume de la protagoniste a été adapté afin qu’elle soit en mesure de prendre sa place sur le champ de bataille. Un autre héritage de Marston est bien présent. En 1941 comme en 2017, Wonder Woman traîne avec elle le combo parfait qu’affectionnait Marston: la force physique et guerrière traditionnellement masculine, jumelée à la beauté et ce rapport au devoir traditionnellement «  féminin  » (Finn, 2014).

Gal Gadot  : cristallisation du mythe du l’amazone

Dans le long métrage de Patty Jenkins, l’actrice portant le costume de Wonder Woman incarne elle aussi le mythe de l’Amazone. L’interprète de Diana, l’actrice d’origine israélienne Gal Gadot, n’est pas un choix anodin et témoigne, en un sens, du désir de la production d’avoir une Wonder Woman à l’écran en en dehors de l’écran. Une brève analyse du discours d’une entrevue de Gadot avec Alex Morris du magazine Rolling Stones viendra cristalliser le mythe de l’Amazone, cette figure entre féminité et masculinité, mais aussi entre princesse et soldat.

Le chapeau de l’article annonce d’emblée cette opposition : «  The former Israeli combat instructor and ex-pageant queen  ». Le parcours militaire et la carrière de reine de beauté et de mannequin de Gal Gadot sont exposés, accentuant les ressemblances entre le personnage et l’interprète. Il faut toutefois s’intéresser aux citations de Gadot choisies par la journaliste pour voir que cette opposition s’inscrit dans un idéal, un modèle plutôt qu’un parcours de vie singulier et original pour une jeune femme. Plusieurs questions de l’entrevue tournent autour de la vie de Gadot, imprégnée de cette dualité féminin/masculin  dès l’enfance. L’actrice va déclarer : «  In general, I was a good girl, a good student, a pleaser, and I was a tomboy. Always with wounds and scratches on my knees.  » et mettre déjà la table entre son rôle traditionnel féminin d’enfant sage («  pleaser  ») qui se confronte à une apparence masculine («  tomboy  »). Nous verrons qu’au fil de l’entrevue, et de la vie de Gadot, il y a un retournement de situation.

Sa courte carrière de Miss Univers et son parcours comme mannequin sont abordés avec humour par Gadot, mais sont aussi ridiculisés et dévalorisés: «  I knew that I did not want to win Miss Universe. It wasn’t my thing.  ». La journaliste écrit également : «  So she decided to deliberately tank in the competition, pretending she didn’t speak English, wearing the wrong things. She didn’t make the top 20. « I lost majorly, » she happily declares. « I victoriously lost. »  ». Cette partie de l’entrevue indique que le monde de la beauté féminine ne convenait à Gal Gadot. L’anecdote est révélatrice d’une rébellion, puisqu’elle a orchestré sa disqualification en portant des vêtements inappropriés. Avec l’expression «  I victoriously lost  », il y a une connotation de victoire dans la défaite, car elle a atteint son objectif de rejeter les standards de féminité du concours.

Les références à son entraînement, ainsi les choix de l’actrice vers des domaines plus masculins, soit son service militaire et son poste d’instructrice dans l’armée, sont valorisés par son rapport à sa vie romantique, qui est un peu ridiculisée dans l’article :

(…) she was assigned to be a combat trainer in the IDF, reporting daily at 5 a.m. to put soldiers through a sort of boot camp. While still serving, she met real-estate developer Yaron Versano at « this party in the desert that was all about chakras, blah, blah, blah, » then married him, went to law school. 

Bien que le discours autour de sa vie amoureuse et sa carrière de reine de beauté n’est pas présenté dans des termes positifs, un autre rapport à la féminité est mis de l’avant, celui de la maternité. L’article commence sur ce thème, la journaliste rapporte que les débuts de la conversation tournent autour de sa propre grossesse. Elle décrira d’ailleurs Gadot comme une Amazone en mettant en valeur une féminité qui se veut plus «  incarnée  » : «  in person, her aura hovers somewhere between Earth mother and glamazon.  ». Le terme «  glamazon  » (contraction de «  glamour  » et «  amazon  ») entretient également le lien entre notre mythe moderne et l’actrice.

Premiere Of Warner Bros. Pictures'

Gal Gadot signant la tiare d’une jeune fan de Wonder Woman

Un aspect qui découle de notre analyse est que Gadot se déclare ouvertement féministe : «  Every woman, every man, everyone should be a feminist. Because whoever is not a feminist is a sexist  » dit-elle dans l’entrevue. Elle parle également de la chance de pouvoir exprimer son féminisme à travers le rôle de Wonder Woman. L’actrice déclare même, dans l’entretien, que l’approche la plus féministe pour transposer Wonder Woman au cinéma était de la garder féminine, pour montrer qu’elle est forte parce qu’elle est une femme, et non pas «  malgré le fait  » qu’elle soit une femme. Ce discours autour de Gadot (mais aussi sont discours à elle) vient rejoindre l’  «  agenda féministe de Marston  » (Finn, 2014) qui a commencé en 1941. Son discours, le discours autour de sa personne et de son interprétation de Wonder Woman vient rejoindre des idées qui apparaissent dans les dernières générations de féminismes. (Budgeon, 2011).

PERSPECTIVES

Alors que «  féminisme  » a été nommé le mot de l’année 2017 aux États-Unis, nous pouvons voir que le film Wonder Woman, première apparition du superhéros au grand écran, fait écho dans un contexte socioculturel où les notions de féminité, mais aussi de féminisme, sont en plein dialogue. (Budgeon, 2011)

Si le contexte d’un point de vue féminisme est propice à ramener le mythe de l’Amazone que véhicule Wonder Woman, le film nous ramène aussi à la vision de Moïra Sauvage, comme quoi l’Amazone est une figure féministe présente dans toutes les mythologies cultures. En ce sens, il est possible de considérer que le personnage de Wonder Woman, en tant qu’Amazone, s’inscrit dans un cadre vintage, puisqu’elle a traversé le temps et porte les marques de différents contextes, différentes visions de la femme, tout comme l’Amazone, qui a toujours existé, mais qui a été dépeinte de façon bien différente selon les cultures et les époques. Elle est passée de cauchemar «  anti-hommes  » de la mythologie grecque à un mythe idéalisé à Hollywood.

La première apparition de Wonder Woman ne tient selon moi pas de la nostalgie, mais bien de la conjugaison entre un mythe ancien et un contexte féministe dans lequel il cadrait bien. S’agit-il d’une renaissance de l’Amazone ? Si l’on considère que l’Amazone renaît pratiquement dans chaque culture, remodelée au contexte, nous pouvons plutôt affirmer que c’est en fait le même mythe dont l’esthétique est remodelée, il forme une boucle avec la passée. Nous avons pu voir à travers le costume de Wonder Woman qui effectue un retour vers l’antiquité, pour mieux résonner dans notre contexte moderne, et ce depuis sa création.

Wonder Woman est une figure qui a créé un engouement, mais génère aussi des critiques. Cette avenue ouvre la voie pour de prochaines recherches, puisque le personnage a créé la controverse chez les féministes, mais aussi plus généralement auprès du public. Il y a un questionnement intéressant qui peut s’articuler autour du corps athlétique, développé physiquement, et émancipé, mais aussi une féminité sexualisée qui accompagne le personnage de Wonder Woman. Parfait duo ou extrêmes irréconciliables ?


BIBLIOGRAPHIE

Barthes, Roland. « Le mythe, aujourd’hui », Mythologies, Éditions Points,  Paris, [2014], ©1957, pp. 209-272

Bilat, Loïse. Haver Gianni. (dir.), Le héros était une femme…, Éditions Antipodes, Lausanne, 2011, 268 p.

Bourreau, Marie. (2016, 22 octobre, 7h27). « Wonder Woman nouvelle ambassadrice contestée de l’ONU pour le droit des femmes, Le Monde, http://www.lemonde.fr/international/article/2016/10/21/wonder-woman-nouvelle-ambassadrice-contestee-de-l-onu-pour-le-droit-des-femmes_5018165_3210.html
Budgeon S. (2011) The Contradictions of Successful Femininity: Third-Wave Feminism, Postfeminism and ‘New’ Femininities. In: Gill R., Scharff C. (eds) New Femininities. Palgrave Macmillan, London, en ligne https://link.springer.com/chapter/10.1057/9780230294523_19#citeas
Kohl, Paul R.  « Wonder Woman’s Lib  : Feminism and the New Amazone »  The Ages of Wonder Woman: Essays on the Amazon Princess in Changing Times, MacFarland & Company, Jefferson, 2014, livre électronique
Darowski, Joseph J.. Rush, Virginia, « Greek, Roman or American? Wonder Woman Roots in DC’s New 52 » The Ages of Wonder Woman: Essays on the Amazon Princess in Changing Times, MacFarland & Company, Jefferson, 2014, livre électronique

Finn, Michelle « William Martson’s Feminist Agenda »,  The Ages of Wonder Woman: Essays on the Amazon Princess in Changing Times, MacFarland & Company, Jefferson, 2014, livre électronique
Grainge, P.  « Nostalgia and style in retro america: Moods, and modes, and media recycling », Journal of American and Comparative Cultures, 23(1), 2000, pp. 27-34. Récupéré de  https://search.proquest.com/docview/200612381?accountid=14719
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Knaff, Donna B. « A most thrilling struggle Wonder Woman as Wartime and Post-War Feminist », The Ages of Wonder Woman: Essays on the Amazon Princess in Changing Times, MacFarland & Company, Jefferson, 2014, livre électronique
Niemeyer, Katharina. « Désigner l’âge d’or : médias et nostalgies d’un espace et d’un temps (a)dorés », Le Temps des médias, vol. 27, no. 2, 2016, pp. 16-30. http://www.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2016-2-page-16.htm

Niemeyer, Katharina. « A theoretical approach to vintage: From oenology to media », NECSUS. European Journal of Media Studies, vol. 4, no. 2 , 2015, pp. 85-102
http://www.ingentaconnect.com/contentone/aup/necsus/2015/00000004/00000002/art00007

Sauvage, Moïra. « Ces chères Amazones », Guerrières!, p.86 à 89, 2012, ACTES Sud
Sites web

DC Comic.  Consultée le 20 octobre 2017
http://www.dccomics.com/characters/wonder-woman

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Articles de presse
Cavna, Michael. (2017, 30 mai, 7h30) « A look back at Wonder Woman’s feminist (and not-so-feminist) history », The Independant http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/films/features/wonder-woman-a7761811.html
Dockterman, Eliana. (2016, 19 décembre), « See the Evolution of Wonder Woman in the Comics », Times, http://time.com/4539611/wonder-woman-comic-books/
Le Figaro (2017, 1er juin, 18h25), « Wonder Woman interdit au Liban à cause de Gal Gadot », Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/cinema/2017/06/01/03002-20170601ARTFIG00165–wonder-woman-interdit-au-liban-a-cause-de-gal-gardot.php

Le Monde (2017, 7 juin, 12h10) « Origine, auteur, féminisme… 7 choses à savoir sur Wonder Woman », Le Monde.  http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/06/07/origine-auteur-feminisme-7-choses-a-savoir-sur-wonder-woman_5139994_4408996.html
Lepore, Jill. « The Last Amazon: Wonder Woman returns », The New Yorker, 22 septembre 2014.https://www.newyorker.com/magazine/2014/09/22/last-amazon »https://www.newyorker.com/magazine/2014/09/22/last-amazon

 

Médiagraphie

Wonder Woman, 2017, réal. Patty Jenkins

Morris, Alex. 24 août 2017 « Gal Gadot on Becoming Wonder Woman, the Biggest Action Hero of the Year », Rolling Stones Magazine
http://www.rollingstone.com/movies/features/wonder-woman-gal-gadot-on-becoming-badass-female-action-hero-

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